mercredi 16 mars 2011

SEMAINE DIX






Tel que prévu, des photos...
Le pagne de la journée de la femme 2011
Trois photos de la cour extérieure de ma maison dont une avec mon gardien de nuit, Dominique Bouba. Sur la deuxième photo, vous pouvez voir ce que mon gardien de nuit a fait pour moi, un toit de paille soutenu avec des troncs d'arbre habilement taillés, attachés et plantés dans le sable...Tellement beau...
Sur la quatrième photo, ma toilette extérieure...Un simple trou...
La dernière photo, moi-même avec mon costume du 8 mars...

8 mars 2011
Mon 8 mars a débuté le jour où j’ai appris que mon employeur offrait le pagne traditionnel à toutes les femmes à son emploi.
Et de vous préciser davantage, le pagne est une pièce d’étoffe qui sert à la fabrication du costume traditionnel. Chaque année, un motif est créé pour l’occasion.  Accompagnant ce texte, vous trouverez le motif de l’année 2011 et pourrez y lire le thème de la journée du 8 mars 2011 :
Femmes : Partenaires incontournables du développement
Sur la photo ci-haut, vous me verrez avec mon pagne ayant servi à la confection d’un cabas, robe ample dont les mesures sont simples. Il n’a suffi qu’un œil scrutateur pour que ma couturière me confectionne un cabas sur mesure. Tout était parfait.
Et ce 8 mars 2011…
Honnêtement, je ne savais trop ce qui m’attendait et, n’eut été de ce costume, des efforts de la couturière à me confectionner et livrer mon costume à temps, je serais resté sagement à la maison.  Or, je devais honorer l’invitation et porter fièrement ce costume. Je n’avais pas le choix.
Vers 09h00 le matin, vêtu de mon cabas, je me rendis au stade de la ville où la fête se déroulait.  Le trajet fût ralenti par des félicitations, des poignées de main et des «Bonne fête» de toutes parts. De toute évidence, les Camerounais aiment que nous portions le pagne.
Certaines coupes de leur costume moulent si bien les courbes de la femme Africaine qu’on croirait que Joseph Ribkoff est venu copier les couturiers d’ici avant de lancer sa carrière.     
Une fois arrivée au stade, seule, je me rendis près de l’estrade et très rapidement, un placier m’indiquait l’endroit où je devais m’asseoir.  Je devenais invitée d’honneur. De toute évidence, la couleur de ma peau y était pour quelque chose.   
Et puis, les gens sont arrivés. Des hommes venus assister au défilé et des femmes portant fièrement le «fameux» pagne du 8 mars 2011. 
Ce pagne importe. On en parle longtemps à l’avance.  Plusieurs femmes se priveront de participer aux activités simplement parce qu’elles n’ont pas le pagne. Plus encore, on dit que les maris paient très cher leur impossibilité ou leur refus d’acheter le pagne à leur femme. On me raconte qu’une femme aurait brûlé la récolte de son mari parce que celui-ci ne lui avait pas offert son pagne…Reconnaissez que c’est du sérieux !
Mais, il y a aussi celles qui n’assisteront pas à la fête pour bien d’autres raisons.  Un paysan rencontré la veille du 8 mars me disait qu’il ne pouvait acheter le pagne à sa femme et que de toute manière, il valait mieux qu’elle n’assiste pas à la fête.  Il prit alors le temps de nous expliquer et dans ses mots ce que j’ai retenu : «…vaut mieux qu’elle reste à la maison pour les travaux, ça c’est bien. Là-bas, les femmes boivent trop, ce n’est pas bien…»
Retour à cette journée du 8 mars 2011…
Et puis, sise dans les estrades, me sentant un peu étrangère, mon téléphone sonna.  Je dois rejoindre celle qui a cousu mon costume.  Elles sont tous là, des employées que je rencontre pour la première fois puisqu’elles ne sont pas dans le même village que moi.
J’apprends que nous défilerons.  On m’enseigne le pas ainsi que le salut militaire que nous devrons faire lorsque nous serons devant les dignitaires.
Une, deux, une, deux, gauche, droite, gauche, droite, etc.
Tel un métronome, je bats la mesure au rythme prescrit par notre cheffe, notre grande cheffe.
Stratégiquement, on me place bien en vue en disant que ce serait bien que «la blanche» soit visible. J’achète tout, je dis «oui» à tout.  Je suis docile. 
Pour ceux qui en doutent, je vous dis que c’est vrai. «Docile» est le bon mot. 
La journée se poursuit. J’apprends que les femmes se sont cotisées, 2500 Fr pour les préparatifs du déjeuner (diner pour les québécois).  Je donne ma part avec joie.
Avant de continuer, toujours en mémoire, les contrastes croustillants relevés expressément pour vous lors de cette journée de la femme 2011 :
-        Les deux premières rangées de l’estrade sont occupées par des hommes et deux ou trois femmes seulement dont : la femme du préfet et la présidente de l’organisation de la journée de la femme 2011.
-        Lors du discours d’un des dignitaires, alors qu’il présentait la présidente de la fête, celui-ci mentionne : «…cette femme est un modèle de réussite, elle a étudié, elle s’est trouvé un emploi, elle a travaillé ailleurs, elle a voyagé, et elle a su se trouver un mari…»
-        À la radio : «…cette journée internationale des femmes organisée sous l’œil bienveillant des hommes…».
Assez, revenons au déroulement de ma journée.  Après avoir bien défilé, nous nous réunissons au bar extérieur d’un collègue de travail.  N’oubliez pas que je suis entourée de chrétiens et non de musulmans.  La consommation de boissons alcoolisées est permise.
Une fois sur place, cette dame qui a cousu mon costume s’éclipse et nous revient une heure plus tard avec le poulet, le pain, la sauce, les assiettes et les ustensiles. Les bras bien chargés, sourire aux lèvres et toute l’orchestration nécessaire à rendre la fête des plus agréables.
Et puis, la surprise, les collègues masculins du travail nous rejoignent.  Ils sont tous là.  Les femmes les ont invités…
On me demande de faire une brève allocution puisque je suis la nouvelle venue.  Les éléments à mentionner : l’objectif de la rencontre, les remerciements aux hommes pour leur présence et trouver un volontaire pour le bénédicité.
J’ai fait rire l’assemblée en leur mentionnant que c’était la journée de la femme, la fille, la maman, la grand-maman, la sœur, la tante, l’écolière, la lycéenne, la travaillante et je terminais avec le gène femelle…
De bonnes conventions, les invités se servent en premier…Par conséquent, les hommes se servent en premier.  Nous buvons et mangeons et…J’ai ri, mais ri comme pas possible.
On n’a pas cessé de me dire combien mon cabas me faisait bien.  L’atmosphère était bonne. 
Ce matin-là, j’ai hésité avant de me rendre à la fête.  Je ne savais ce qui m’attendait.
Maintenant, comment vous décrire le bien-être qui suit nos appréhensions inutiles face à l’inconnu. 
Chaque fois que mes craintes vagues et indéfinissables sont matées par l’énergie humaine des gens que je rencontre, je me sermonne.
Boire, manger, rire et sourire…Un amalgame qui dynamise nos vies. Partout où nous sommes, cette formule enjolive, sublimise et magnifie…Partout…Peu importe l’endroit…Une formule internationale…
En retrait, cette autre femme qui assurait la comptabilité des sommes amassées afin de nous servir la boisson (alcoolisée ou non) jusqu’à épuisement des fonds.  J’ai ajouté ma tournée.
Le lendemain, sur la route, je croisais l’une d’elle qui me disait en riant : «…et j’ai dit aux autres que pour nos futures rencontres, Alyne est invitée d’office…» Et de rire encore plus…Sans ajouter quoi que ce soit…Se remémorant notre soirée sans dire un mot…Que nos yeux qui échangeaient et nos mains qui se serraient…
À vous tous, femme, fille, maman, grand-maman, belle-sœur, tante, filleule, nièce, amie, écolière, lycéenne, travaillante et porteuse du gène femelle…
Bonne fête des femmes en retard et…Buvez, mangez, riez et souriez…

mercredi 9 mars 2011

SEMAINE NEUF


Au fur et à mesure que les semaines passeront, je vous enverrai des photos de mon domaine.
Première photo : La porte extérieur menant à ma petite maison.
À gauche de la porte, un espace pour brûler les déchets. Ça semble terrible mais vous verrez...Une fois cette porte traversée, vous êtes chez moi...dans mon humble demeure...À suivre...
Deuxième photo : Mon fils et ma belle-fille qui ont répondu à mon blogue sur les «petits coins»...Je vous partage mon plus grand fou-rire de la semaine...

Chapitre
Son témoignage était si généreux que je décidais, séance tenante, de vous le partager.
Son histoire. Un chapitre de son histoire.  Je vous parlerai de cet homme rencontré au cours d’une rencontre d’échange entre organismes luttant contre le VIH.
La réunion est organisée par VSO. Il est un bénéficiaire choisi pour venir témoigner de la contribution de VSO auprès de son organisme et des résultats auprès des bénéficiaires que lui-même dessert.
Nous avons passé l’avant-midi ensemble. Ils étaient deux, j’étais leur «facilitatrice».  Des questions de toutes sortes se voulant de faire le portrait actuel des choses, mais surtout, de ce qui fut réalisé au cours de la dernière année.
À la fin de cet avant-midi bien rempli, il resta devant moi et, d’une voix calme, réfléchie et posée, sans que je lui demande quoi que ce soit, il amorça son récit.
Pour mon blogue, je tenterai d’être fidèle à ses mots, en italique vous les reconnaitrez.
Un jour, il a eu le palu (paludisme), et ce palu l’a rendu encore plus malade que d’habitude.  Dès lors, son inquiétude s’est installée.  Il a parlé à sa femme, lui demandant si lors de ses grossesses on lui avait passé le test de séropositivité. Elle disait qu’elle ne savait trop.  Il a longuement réfléchi et a décidé d’aller voir l’homme qui travaille aux services sanitaires.  Celui-ci lui a demandé si sa demande était sérieuse considérant les coûts. 
Il était sérieux.  Il voulait comprendre son palu.  Et puis, il a su. On lui a dit.  Et sa femme a également passé le test et elle a su.  Sa tête était troublée me dit-il…Et ses enfants…Ses cinq enfants…Bien eux…Ils n’ont rien su, car il n’y avait rien…Un baume sur leurs plaies séropositives…Physiques et morales…
Et puis, sa femme a été malade. Très malade. 
C’est à ce moment que j’ai osé poser une question. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça…J’étais absorbée par son récit et impatiente d’en connaître le dénouement. Ma question propulsait l’histoire et j’ai saisi qu’il ne voulait rien laisser au hasard, que tout était important, et ce, dans les moindres détails. Il m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : «je te raconte l’histoire, il faut attendre».
Je me suis tu. Je crois n’avoir rien dit de plus sinon que quelques «hummm» ici et là.
Parait que la psychanalyse est née d’une intervention similaire, une patiente aurait dit à Freud d’écouter plutôt que d’interpréter ce qu’elle disait.
Il continua avec ses mots, son histoire, son récit.
Et puis, sa femme a été malade.  Très malade.
Elle fut alitée, à quelques reprises, mais chaque fois, c’était toujours plus long.  Et puis, la grand- maman est venue les aider, la marmaille était jeune, le besoin était grand.
Un jour, elle a dit à son mari qu’elle savait qu’elle partait.  Il a couru chercher de l’aide.  Aide inutile. Si j’ai bien compris, c’était le lundi et elle disait qu’elle partirait le samedi. Elle passa la semaine et le samedi prédit, elle quitta à 20h00.
Il prend le temps de me dire que la saison avant son départ, elle a tout fait. Les récoltes, la nourriture et qu’elle a pris soin de les laisser avec tout ce qu’il faut.
L’autre ami qui était à notre table s’est alors levé et a dit : «On a tous le même chapitre».
Le silence. 
Et son histoire se poursuit. Dans les mois qui suivirent, il a eu un accident…«Tu vois les traces ici» et il me montra son arcade sourcilière, une vilaine cicatrice. Il me montra son poignet gauche difforme : une cassure. Un chaman lui a guéri en la brisant deux fois…À froid…
Et puis, on lui a volé ses moutons et sa charrue.
Et il termine en disant : «Dieu en a voulu ainsi».
Il vit maintenant avec sa maman qui l’aide avec les enfants.  Il est actif dans son organisme.  Tellement actif que lors de la création du réseau des organismes, il a été nommé président du conseil d’administration.
Il a présenté le résultat de notre travail devant la salle.  Il était génial.  Applaudi deux fois plutôt qu’une. Il dit que c’est l’homme qu’il a vu lors de son dépistage qui lui a montré à parler et à dire ce qu’il pense.  C’est lui qui a soigné sa tête. C’est lui qui lui a montré à ne pas avoir honte.  C’est lui qui lui a montré la route.
Cet homme qui l’a aidé, c’est mon collègue de travail. Un colosse de plus de six pieds 5 pouces qui croit que ses jambes sont trop longues lorsque vient le temps de voyage en autobus.  
Bien sûr, nous retrouvons ce genre d’histoire partout dans le monde.  Je vous la partage parce qu’elle fait partie d’une des histoires que je côtoie au quotidien.  Loin de moi l’idée de vous offrir un guide touristique, je veux écrire sur leur vie, leur réalité, leurs habitudes, leurs différences, et ce, dans toutes les sphères possibles et impossibles.
Je termine avec un léger parallèle. Au Québec, sa femme serait «probablement» vivante puisque nos services de santé l’auraient prise en charge.  Elle aurait bénéficié d’une médication gratuite, d’un service personnalisé, d’un suivi rigoureux, d’hospitalisation au besoin, il n’y aurait pas eu de «rupture de marchandise» en ARV (antirétroviraux).  Elle aurait vécu sa séropositivité d’une manière différente.
Plus précisément, au cours de la dernière année, la région de l’extrême nord n’avait plus d’antirétroviraux. Ces trois mois sans médications leur ont semblé à tous interminables. Ces gens demeurent craintifs. Vous imaginez ce que ça signifie pour eux. La médication nécessaire à leur survie ne se trouve plus…L’équivalent d’un diabétique sans insuline…
Je continue, au Québec, la perte de ses moutons et de sa charrue aurait été moindre, son assurance aurait couvert une partie de sa perte.
Son poignet aurait été mieux soigné, il aurait été indemnisé par la SAAQ et n’aurait subi qu’une perte salariale partielle.
Et…Je vous entends d’ici…
Je sais…Au Québec, dans un contexte pareil, pas certain que sa maman aurait pu lui offrir autant…Elle aurait eu un emploi et n’aurait surement pu tout quitter pour le soutenir..
Leur force : leur famille, leur très grande famille.

mercredi 2 mars 2011

SEMAINE HUIT

Pleine nature, et j'ai ajouté deux photos...Prises à Yaounde...Dans un lieu non décrit...Histoire de vous donner une idée...
On s’y présente, par obligation.  Vous le constaterez lors de votre lecture.
Je vous le dis, rien de plus essentiel sinon l’endroit que je vous présenterai. 
J’ai décidé de vous faire découvrir le Cameroun dans toutes ses ramifications. Vous êtes avec moi partout et pour tout.
Vous avez deviné, j’oserai parler du «petit coin» ou cabinet d’aisance, petit endroit, W.-C, bécosse, toilette, salle de toilette, chiottes, latrines, etc.
Peu importe la nomination, le résultat est le même : nous sommes soulagés.
Pour faciliter l’écriture, J’utiliserai «petit coin» et je simplifierai en utilisant les vocables «pipi» et «caca».
Alors voici.
Premier petit coin :
Entre Ngaoundéré et Maroua, à un arrêt d’autobus, nous devons payer pour utiliser le petit coin, 50 Fr pour le pipi et 75 Fr pour le caca. Tout est simple et modeste. Un homme se tient à l’entrée, c’est à lui que nous devons acquitter nos frais de soulagement.  Une fois la porte principale traversée, il y a environ une dizaine de portes, un côté pour les hommes et un côté pour les femmes.  Derrières celles-ci, un trou d’environ 15 cm de diamètre dans lequel nous laisserons choir notre inconfort. La céramique qui entoure le trou est trempée.  Certaines personnes manquent d’adresse et pissent partout.  Je suis devenue habile, mais pour ce trou, j’ai dû travailler un peu plus fort, car je n’ai pas voulu déposer mon énorme sac par terre dans cette humidité que je redoutais. Somme toute, j’ai quand même contribué au maintien de l’humidité du sol.
J’entends d’ici votre questionnement…Comment peuvent-ils connaître ce que nous y ferons ? Je ne sais pas et je n’ai pas posé la question…J’ai imaginé que c’était sur la bonne foi du client et que de temps à autre, on faisait un contrôle comme dans les trains, autobus ou métros de notre pays…Et en cas de non-paiement pour le surplus déposé, je ne pourrais dire si on t’oblige à  reprendre le tout ou si tu dois payer une amende…
Lors d’un second voyage où je passais par le même endroit, j’ai vu une affiche, mais cette fois, avec un seul tarif : 50 fr. Je ne l’avais pas vu lors de ma première visite, j’avais simplement demandé le tarif au portier…Ce même jour, j’ai compris qu’on s’était moqué de moi…

Imaginez le type qui observe notre visage en train de réfléchir au montant que nous devons donner…Rictus moqueur et heureux de sa blague, ce jeu lui permet surement de continuer de faire son métier.
Deuxième petit coin :
Dans un restaurant de Maroua, il s’agit d’un évier d’un blanc immaculé avec ses deux robinets qui, je puis vous le dire, ne sont plus fonctionnels. Celui-ci est entouré de céramique de chaque côté et est à la même hauteur qu’une toilette normale. Un muret fait avec la même céramique cache la tuyauterie.  On se questionne, mais on conclut rapidement que c’est comme ça. Tout est propre, on y risque un pipi seulement imaginant que le caca pourrait avoir peine à passer dans le trou.
Rien à voir avec mon blogue, mais, la bouffe y est excellente et…Je ne sais pas si on se lave les mains dans les toilettes.
Troisième petit coin :
Aux frontières du Tchad, aux abords de la plage, nous prenons une bière.  Mes amis ont décidé que c’était l’endroit idéal pour m’accueillir et ils ont raison. Évidemment, bière aidante, je cherche le petit coin qui, je constate, une fois les indications servies par notre serveur, était juste là, à ma gauche. Un rideau sur le mur accroché à environ quatre pieds du sol.  Je déplace le rideau pour découvrir un orifice qui traverse le mur de ciment, pas plus haut que trois pieds et demi. Malgré la chaleur, j’ai l’impression d’entrer dans un igloo.
J’y découvre alors une pièce carrée de couleur sable d’environ huit pieds par huit pieds, un espace très grand pour un simple trou situé droit au centre sur un espace légèrement surélevé. Tout est immaculé et l’absence de toit nous donne un éclairage qui facilite le travail. Sur ce même espace surélevé, de l’eau dans un contenant de plastique. J’ai adoré pour l’espace, l’éclairage et l’intimité. J’avais l’impression d’être seule au monde.
Quatrième petit coin :
Dans un quartier de Maroua appelé «Avion me laisse», nous mangions du poisson et prenions une bière sur les tables sises aux abords de la rue.  Nous achetons la bière de ceux qui fournissent les tables et achetons le poisson chez un autre marchand qui est également installé sur le bord de la rue avec ses grilles et tout ce qu’il faut pour nous servir le meilleur poisson en ville. 
Des précisions s’imposent, on dit que le quartier se nomme «Avion me laisse» parce qu’un jour, un homme trop occupé à manger le poisson du quartier, a simplement raté son avion…D’où la réputation acquise par les femmes qui y cuisinent le poisson.  Jolie comme histoire non !
Enfin, je demande la toilette et le serveur m’amène dans une grande salle vide peu éclairée et m’indique du doigt une entrée sans porte ou rideau.  J’entre. Tout est noir. Je n’ose aller plus loin pour trouver le trou parce que j’avais réellement peur de mettre le pied dedans. Je vois que le sol est trempé, je ne suis pas la seule à ne pas avoir visité le fond du couloir, je m’installe et je pisse, le couloir est en pente, je vois que tout me coule entre les pieds pour rejoindre les abords de la salle décrite précédemment. Ça ne va pas trop loin, le sable absorbe magnifiquement.  Une seule préoccupation, j’espère juste que personne n’a eu la même idée que moi. Je fais très vite. Débit et pression sont au rendez-vous.
Une autre volontaire m’a confirmé plus tard la présence d’un trou au fond du couloir. Elle a persévéré et trouvé.  Une volontaire beaucoup plus téméraire que moi.
Les exemples se multiplient, tous aussi cocasses les uns que les autres.  J’ai vu un petit coin sans trou, mais, une magnifique rigole cimentée qui apportait le tout derrière le bâtiment du bar où nous étions. J’ai également vu des petits coins avec chaîne et réservoir d’eau, mais, ce que j’ai aimé par-dessus tout et je termine avec ce petit coin magnifique qui sera mon cinquième et dernier :
Entre Bamenda et Yaoundé, l’autobus s’arrête 15 minutes pour acheter victuailles et «se mettre à l’aise» comme les Camerounais le disent si bien. J’achète un jus et demande à la dame où je puis trouver les toilettes.  Elle me montre une porte de bois, me demande de suivre le chemin, de passer entre les maisons et de me rendre jusqu’au bout. Sans plus. 
J’écoute la dame, je traverse la porte pour longer une première maison, une cour arrière et une deuxième maison pour enfin retrouver des arbres, une forêt, l’enclos de quelques poules et, des hommes, au loin, debout, me faisant dos, les mains devant ainsi que quelques femmes accroupies derrière un arbre ou des buissons.  La formule est très simple, on choisit notre arbre ou notre arbuste selon notre format ou, notre désir de marcher plus loin dans la nature.
J’ai choisi un petit arbre tout près qui semblait plus sec que les autres m’imaginant ainsi, contribuer à sa floraison. 
Vous dire que la verdure est magnifique vous fera certes sourire mais c’est le cas.
Ce petit coin est sublime. D’entre tous, la propreté y était et, je n’ai pas eu peur de déposer mon sac par terre ni peur de trouver quelqu’un qui veuille occuper le même emplacement que moi. Mieux encore, aucune odeur désagréable et ça, c’est ce que j’ai le plus apprécié.
Finalement, le «petit coin» ou cabinet d’aisance, petit endroit, W.-C, bécosse, toilette, salle de toilette, chiottes, latrines, etc., Ça peut être très simple.
Et puisque nous sommes dans le sujet…Deux volontaires québécois m’ont raconté qu’à leur maison, il n’y avait pas de toilette avec chasse d’eau, mais un trou et qu’au cours d’une de leurs absences, un poussin y est tombé. 
Il a survécu grâce à la volontaire qui en eut pitié en lui donnant des restes de table alors que le volontaire disait contribuer affectueusement à faire monter le niveau qui lui donnerait accès à la sortie.
Les résultats, ils sont venus vider le trou et le poussin devenu grand est sorti, a été vendu au marché et mangé par on ne sait qui.
Maintenant, dois-je ou non me méfier du poulet que je mange ici ?
Pour répondre à ce sondage, contactez le 1-800-POUSSIN.



mercredi 23 février 2011

SEMAINE SEPT



Inclus dans le présent envoi
Photo du village et réunion en plein air

FOLIE et SORCELLERIE
Une simple mésaventure, juxtaposition du mauvais endroit et du mauvais moment.
Accompagnée d’une collègue, nous attendons le patron, debout, tout près de notre voiture en plein cœur de Yagoua. 
Soudain, ma collègue se fait accrocher les cheveux vitement et, voilà que c’est mon tour, on m’attrape le cou et puis, plus rien.  J’ai pensé qu’on s’en prenait à ma chaine. 
MA CHAINE !!!
Je me retourne et aperçois un homme qui nous regarde tout en s’éloignant. Enragé il était. Plus encore, il écumait, gesticulait tout en pestant des phrases inaudibles.
Sale et poussiéreuse, son allure faisait peur. Ses cheveux crépus étaient couverts de la poussière du sable et son linge délabré portait une saleté qui semblait plus vieille que les vêtements eux-mêmes.
Quelques hommes sont là, tout près, ils nous regardent et rient. 
Malgré leurs rires, ils prennent le temps de nous expliquer : «C’est la femme qui l’a rendu fou, il est victime de sorcellerie» et voici que le rire est encore plus fort et combien communicateur puisque nous les accompagnons et rions de les voir se moquer ainsi.
Quelques minutes plus tard, on me crie qu’il revient. Sous les recommandations de ma collègue, je me terre dans la voiture. Le voici qu’il se positionne tout près de la poubelle située à quelques mètres de nous.  Un des hommes possédant les explications à ses maux saisit une pelle et s’approche de lui tentant de lui faire peur.  Il frappe quelques coups sur la poubelle qui les séparent. Ils sont face à face, mais l’homme enragé ne bouge pas, il enlève sa chemise, la pose par terre, l’ouvre bien grande pour ensuite, à l’aide de ses deux mains, remuer le contenu de la poubelle, saisir ce qui lui plaît, principalement du papier blanc froissé et le placer tranquillement et doucement sur sa chemise ouverte. Il forma alors un baluchon pour repartir avec son butin dans une tout autre direction. Plus calme cette fois.
Par la suite, nous discutions de ce qui aurait pu ou dû lui arriver.  Quelques bons coups en pleine gueule, un tour de fourgon et la prison auraient certes été une des solutions envisageable ou, souvent envisagée et réalisée.
C’est ainsi que parfois, on traite la santé mentale. 
La pelle et la prison, dans les conditions d’ici bien entendu, sont décidément des éléments moins dispendieux que la camisole chimique et l’aile psychiatrique.
Un projet présenté par mon employeur vise une forme de justice sociale pour certains groupes défavorisés dont les prisonniers. Un début. Certes un projet ambitieux, mais, on y croit.  
Dans les prisons, gale, tuberculose et maintes maladies y cohabitent.  Des salles surpeuplées et, faute de place, les prisonniers n’ont d’autre choix que de dormir alignés sur le côté gauche, directement sur les planchers de ciment.
Revenons à la santé mentale. Une volontaire VSO de la région de l’ouest du pays travaille dans un centre d’hébergement pour personnes ayant des problèmes de santé mentale.  On les accueille, les soulage de leurs chaines et leur offrons un milieu un peu plus convenable. 
Deux psychiatres pour tout le pays m’a-t-elle dit.  Lors de leur visite, ils prescrivent massivement et la dose est diminuée tranquillement jusqu’à l’équilibre parfait.  L'infirmière fera cette partie du travail.
À cet endroit, c’est un peu comme au Québec, la camisole chimique et un «semblant» d’aile psychiatrique orchestrés par une infirmière dévouée et un désir de changement. Un projet où VSO s’implique activement.
Mais, vous savez, les gens d’ici ayant des problèmes de santé mentale ne sont pas tous en prison. La plupart sont laissés à eux-mêmes, se retrouvant alors à mendier dans leur période plus critique ou encore…À attraper la crinière ou le cou d’une volontaire VSO…
Bref, notre pauvre agresseur a eu de la chance, il est reparti avec son butin et nous espérons que la femme qui l’a rendu fou a mis fin à son sortilège.
Nous lui recommandons de se tenir loin des femmes…Toutes les femmes…Qui sait lesquelles sont sorcière...
J’apprendrai la sorcellerie…Les mâles du Québec n’ont qu’à bien se tenir…Fils inclus…


vendredi 18 février 2011

Semaine six

Bzzzzzz…
Un peu plus de légèreté cette semaine…Moi seul...Avec un peu de Cameroun…
02h30 du matin.  Je ne peux me rendormir.  Je pense à tout, à vous, à eux, au quotidien, enfin…Le sommeil m’a quitté, comme ça, sans prévenir.
Soudain, un bruit d’ailes qui frappent l’air. Du calibre…Un bimoteur, plus fort encore, je dirais deux turbos…Des énormes turbos. 
Je solidifie mon moustiquaire. Je le serre sous mon matelas en faisant le tour rapidement et efficacement.  Hors de question que ce bruyant émetteur et moi cohabitions sous le même toit.
Mais qu’est-ce que c’est ? Tout bien réfléchi, quoi d’autres que deux simples mouches que nous rencontrons un peu partout qui s’accouplent, comme ça, en plein cœur de la nuit et qui ont pris leur envol. Leur fortissimo est convaincant, il s’agit d’une séance de fornication et elles sont sur le point d’atteindre le coït.
Vous savez, ces mouches n’ont aucune pudeur, ils s’envoient en l’air partout, n’importe quand, n’importe comment, avec n’importe qui, sans aucune règle…Et sans condom j’en suis certaine…Moi qui travaille à la lutte au VIH…Ces mouches sont effrontées.
Et puis, plus un bruit. La forme noire s’est déposée sur une de mes blouses accrochée sur le pôle du rideau qui sépare ma chambre de la salle d’eau où se trouvent la douche et le lavabo. 
Dans la pénombre, j’ai pu voir le format, plus gros que nature alors, j’ai conclu que ma chambre était réellement devenue l’alcôve de deux mouches qui ont oublié que j’étais là. C’est chez moi qu’on se multiplie, c’est chez moi qu’on se courtise, qu’on se séduit, qu’on se conte fleurette et, qu’on se réjouit de jouir.  Imaginez, je demeure toujours chez les sœurs.
«C’est grave» comme le disent souvent les Camerounais.
Et puis non, tant mieux pour eux mais le fruit de leur concupiscence doit naître et vivre ou survivre ailleurs.
Parenthèse, je dois vous dire qu’ici, je dors toujours avec un léger éclairage. Je ne pourrais dire pourquoi.  Peut-être parce que l’Afrique est noir, très noir.  C’est noir partout alors…Un peu de blancheur pour colorer la nuit...
Je regarde comme il faut.  Tout ce que j’ai imaginé se dissipe, et ce, le temps d’un coup d’oeil un peu plus attentif.  Un seul et unique insecte mais quel format !  Je resserre mon moustiquaire. Deux fois plutôt qu’une.
Il ne passera pas la nuit.  Ils finissent par tous mourir. Après tout, si je laisse vivre les araignées, c’est pour qu’elles me dégagent de ces derniers. Je me rassure en me disant que dans l’ordre normal des choses, d’ici mon réveil, il sera mort, sachant qu’ils ont une espérance de vie très courte et qui sait, peut-être qu’en Afrique, ils ont une espérance de vie réduite comme celle des humains !
Qu’à cela ne tienne, j’espère juste qu’il quittera ma chemise, et que par la suite, qu’il se terrera quelque part. Ne restera qu’à le trouver et le ramasser.
Et les turbos de cette seule et unique bête brisent le silence à nouveau. Je l’entends se frapper partout sur les murs et le plafond pour terminer sa course sous le néon de la salle d’eau.  Il se brûlera et crèvera.  Vous entendez le bruit qu’ils font lorsqu’ils sont à l’agonie, sur le dos, leurs pattes qui bougent, et un Bzzzzzz prolongé et très fort suivi d’un silence, un deuxième Bzzzzzz un peu moins fort et second silence, encore un Bzzzzzz plus faible cette fois-ci suivi d’un troisième silence, et ainsi de suite, en diminuendo, jusqu’à épuisement. 
Le turbo manque alors d’essence et s’éteint. Plus rien.  Le silence.  Je me rendors.
Au matin, j’ai trouvé mon visiteur dans le lavabo. En mode survie…Je lui ai lancé de l’eau et il n’a pas survécu, c’est du moins ce que je pense.
Il s’est retrouvé dans le trou du l’évier et j’ai aussitôt mis le bouchon sur sa tête.  Il restera là jusqu’à mon départ prévu dans quelques semaines. C’est ce que je planifie. Je préfère me priver de mon lavabo plutôt que de le recroiser à nouveau.
J’aimerais tellement que ma maman soit ici, elle n’a jamais eu peur des insectes, elle les tue sans se questionner sur le bruit qu’ils feront à la rencontre de la semelle de son soulier. Très jeunes, mes fils ont dû apprendre à venir me secourir et tuer les «bibittes» que je rencontrais.
Je les remerciais et les embrassais tendrement chaque fois qu’ils s’exécutaient. Merci maman, merci mes fils mais là, je dois me débrouiller seule. Pas mal ce que j’ai fait non !
Quelques jours plus tard, j’retire le bouchon, assurée du décès de la bête mais le voilà qui sort de son trou.  Rebelotte, eau et bouchon à nouveau. 
Ce même jour, j’ai croisé la femme de ménage et lui ai expliqué mon problème.  Elle a sourit et comme ma maman, elle a pris sa guenille dans un premier temps, elle a saisi la bête, l’a jetée par terre pour l’écraser avec la semelle de sa sandale sans trop se soucier du bruit que ça ferait.
Elle riait tout en me rassurant que ça ne piquait pas mais qu’il fallait que je fasse attention aux scorpions, et que le soir, je devais éviter les sandales, que leur morsure faisait très très mal. 
Je lui ai donné 500 Fr.  J’ai fait sa journée et elle a fait la mienne.
Un conseil, ne bzzzzzzer pas trop fort près de moi, vous risquer la douche avec le bouchon sur la tête pour ensuite rencontrer la semelle de sandale de la première venue. Ça vous fera mal.
Bonne semaine.

dimanche 13 février 2011

Semaine cinq
Je traverse le pays, les idées suspendues entre la chaleur et les odeurs qui inondent ma chair et mon esprit, je ne peux m'en soustraire.
Je m’imprègne des différences que j’observe, entends, sens, goûte et touche. Je cherche mon stylo pour écrire, vous écrire.
Ma main se promène dans tous les compartiments de mon sac : rien. J’ai perdu mon stylo. Ne reste que mon calepin qui m’est, dans les circonstances, complètement inutile.
Ma mémoire tiendra-t-elle le coup ? Je crois que oui puisque me voilà à vous écrire. Temps d’arrêt, silence et, mes observations reviennent, une à une, chaleur et odeurs en moins.
Décrire ces maints villages affichant un quotidien aux différences innombrables demeure un survol de mes lendemains. Un prélude aux contrastes.
Ces huttes entourées d’enfants, ces rivières asséchées et sollicitées par des femmes qui y lavent leur linge utilisant «le» filet d’eau ayant survécu à la sécheresse, et, ces mêmes femmes qui marchent, entre deux villages, transportant sur leur tête leur chargement de bois pour le feu, bébé au dos et toujours, cette démarche qui ne ment pas. 
Elles sont droites, elles sont fortes, elles sont courageuses. Très courageuses.
Un trajet interminable. Quelques arrêts pour les passagers qui descendent dans les différents villages croisés en cours de route.  À ces mêmes arrêts, les enfants ou adolescents offrent divers aliments dans de grandes assiettes portées en équilibre sur leur tête, ou encore, lorsque trop petits, à bout de bras et sur la pointe des pieds pour que nous puissions, de la fenêtre ouverte, acheter ce qu’il faut pour poursuivre la route. Fruits frais, boissons diverses, arachides, sésames, grillades, etc.
J’ai mangé de tout, c’était succulent, à s’en lécher les doigts même, mais, je n’ai pas léché mes doigts, je les savais sales.  Le repas terminé, mes pantalons me serviront de serviette de table.
Le décor est le même sur des kilomètres. À l’aridité du paysage et à la couleur jaunâtre du sable se mêlent les arbres, les troncs séchés, les animaux de toutes sortes tels moutons, chèvres, ânes, poules, porcs, chevaux et, aux abords des routes, des troupeaux de bœufs dirigés par de jeunes garçons en transition entre l’enfance et l’adolescence. Bâton en main, ils se rendent au point d’eau le plus près pour faire boire le bétail. Le pas est lent, le soleil plombe, la chaleur est écrasante, mais ils y arriveront. Les animaux sont maigres, pour eux aussi la vie n’est pas facile.
Lors d’un second trajet amorcé dès l’aurore, mon regard s’est posé sur une dizaine d’enfants en cercle autour d’un feu.  Un cercle parfait. 
Autant de couleur de chandails que d’enfants. Jaune, bleu, vert, rouge, orange, blanc, noir, mauve, etc.  Un arc-en-ciel matinal jauni par le sable du sahel, pluie en moins, couleurs en plus, et une scripte qui ne laisse rien passer.   Ces petits dos bien alignés ont fait pivoter ma tête et m’ont permis de conclure que sans enfant, le décor d’un village ne serait pas le même, ils sont là pour : la couleur, la rondeur et la chaleur…
Pour vivre ici, il faut vivre le temps autrement.  Tout prend plus de temps. Même traverser le pays.
Les Camerounais disent très souvent : «On a le temps»… Le tout est suivi de rire, plaisir et trêve au problème du temps. Mieux encore, une conclusion, une solution à toute attente imposée. L’apothéose du moment.
J’insiste davantage...«On a le temps»…Prononcez bien chaque syllabe et prenez le temps de bien le lire et le dire. S’exécuter comme tel, c’est déjà lui reconnaître un certain sens, c’est déjà le début d’une réflexion, d’une procession.
Inapplicable au contexte Nord-Américain vous me direz, mais ici, en mode survie, on trouve les moyens de revenir rapidement aux choses essentielles qui se vivent et se nomment au quotidien. 
N’oubliez pas, la plupart d’entre nous vivent alors qu’eux survivent. Les lendemains lointains n’existent pas. Au jour le jour, la vie se vit.
Lu dans un projet de demande de subvention dans le cadre de mon travail, l’espérance de vie dans l’Extrême Nord serait plus basse que dans l’ensemble du Cameroun. 41 pour les hommes et 42 pour les femmes.  Au rythme où j’entends les décès de la cousine, du cousin, du neveu, de la nièce, de l’oncle, de la tante, de la femme, du mari, de l’enfant, et au nombre de veuves que je croise, j’accorde une certaine crédibilité à ces statistiques et ajoute…Les lendemains lointains n’existent pas…
Et malgré les rudesses de la vie, ce sont des gens souriants.  Après leur sourire, il y a leur rire suivi d’une poignée de main qui s’installe dès que l’on s’esclaffe pour quelque raison que ce soit.  Mais attention, la poignée de main camerounaise est particulière.  Elle débute par une véritable poignée de main et se poursuit par un glissement, paume contre paume, doigts contre doigts, pour se terminer par un claquement que l’on exécute avec le majeur de l’autre qui se coince entre notre pouce et notre majeur et vice-versa. Un travail d’équipe qui se termine par un clac doublé. Véritable science…J’y travaille…Très fort...
Je vous envoie sourire et rire, esclaffement, poignée de main, glissement, j’attrape votre majeur pour le presser entre mon majeur et mon pouce, vice versa et ainsi, claquer nos doigts. Entendez ce clac doublé. Virtuellement, nous réussissons ensemble cette adresse camerounaise.  

mercredi 2 février 2011

Semaine quatre

Petit Jos mon héros
L’histoire de notre trajet entre Yaoundé et Maroua commence par un rendez-vous à 16h00 avec l’employé désigné par VSO qui aura pour mandat de nous accompagner jusqu’à destination. Nous sommes six coopérants à se rendre dans l’Extrême Nord. Une longue journée nous attend.  Entre 24 et 26 heures de trajet en train dans un premier temps, et en autobus par la suite.
Petit Jos est employé de VSO.  Nous l’appelons ainsi parce qu’il est le plus petit des deux employés répondant au prénom de Jos.
Nous sommes tous prêts sauf l’une d’entre nous.  Le taxi attend environ cinq minutes. Les coffres arrières des trois voitures réservées pour le transport sont ouverts complètement, les valises y sont empilées pêle-mêle. Je récupère un de mes sacs glissé entre deux valises qui aurait assurément tombé lors du trajet pour le placer sur mes genoux.
Une fois arrivé à la gare, nous sommes assaillis par une meute de jeunes hommes qui veulent transporter nos valises.  Petit Jos les dirige ailleurs en leur disant que nous n’avons besoin d’aucune aide.  Ils insistent mais, on résiste.
Nous plaçons nos bagages dans un seul tas en dessinant un cercle autour de nos valises. Nous attendons Petit Jos pendant qu’il s’affaire à payer les trois chauffeurs de taxis.  Tout va bien pour les deux premiers mais le troisième demande plus d’argent que prévu en mentionnant qu’il a du attendre. Petit Jos est calme, il refuse et explique qu’il n’avait qu’à le préciser avant le départ, que le contrat est pour sa part respecté. Le ton monte d’un seul côté, le chauffeur de taxi est de plus en plus impoli, quelques malfrats se joignent à lui et en moins de deux, nous sommes entourés d’environ une centaine de personnes.  Je ne blague pas, une centaine de personnes.
On ouvre le sac d’une coopérante, elle se fait voler des futilités, pauvre voleur, il a choisi la mauvaise poche.  On nous frôle, nous touche, nous offre maints objets complètement inutiles comme…Et c’est sérieux…Des petits drapeaux des États-Unis plastifiés servant de porte-clés…Allez comprendre…
À ces vendeurs itinérants, répéter que nous n’avons besoin de rien est insuffisant, ils sont là, avec un acharnement indescriptible. Je parle un peu plus fort. Mes «NON MERCI» sont teintés d’indifférence et d’impatience. Ils ne lâchent pas, sachant que nous sommes pris au piège et que nous ne pouvons aller plus loin, ils attendent une occasion pour nous dépouiller subtilement.  Nous sommes en état de veille constant. Personne n’ose dire quoi que ce soit mais il est évident que nous avons tous la frousse. On se regarde, muet, avec cet air dubitatif que nous tentons de camoufler aux pillards qui nous entourent.
Pendant tout ce temps, Petit Jos se fait parler à six pouces du nez.  Il demeure imperturbable, impassible, intrépide même. Petit Jos est fort.  Derrière ce visage angélique et cet air timide, une fermeté des plus étonnantes.
Ce que nous entendons de la foule se résume comme suit : «C’est l’argent des blancs, allez, donnes l’argent des blancs, ils ont l’argent, donne à ton frère, etc.»
Honnêtement, j’aurais payé pour que tout se termine mais c’était la dernière chose à faire.  Petit Jos jouait sa réputation. Il reverra ce chauffeur de taxi et moi non alors, il a été et est demeuré le maître d’œuvre. Aucun coopérant, malgré les tentations, n’a osé s’interposer.
J’insiste, il était incroyable à regarder. Pendant que tous avions la chienne, lui était solide comme le roc.
Après environ 20-25 minutes de discussion, et je n’exagère pas puisque je surveillais l’heure de peur de rater le départ du train, eh bien Petit Jos est parti, nous laissant seuls avec ce troupeau d’une centaine de têtes. Nous nous sommes tous regardés, incrédules et sceptiques. Sans perdre confiance, je me questionnais sérieusement.
Quelques minutes plus tard, il revenait avec un gendarme, et puis un autre qui avait quelques bananes de plus sur les épaules.  Ces derniers écoutèrent alors les deux versions et puis, l’un d’eux se tourna vers Petit Jos pour lui ordonner d’ajouter 500 Fr.  Petit Jos paya la dote mais le chauffeur de taxi demeura mécontent puisque ce montant était bien en deçà de sa requête. 
Le gendarme était d’une froideur incroyable.  Il n’a jamais rien dit, il n’a jamais bougé sinon ses yeux et encore.  Du haut de ses six pieds et 3-4 pouces, il n’a fait qu’écouter. Son visage portait des cicatrices sur le côté droit d’une largeur que vous ne pouvez imaginer.  Tout le côté droit de son visage en était couvert.  Je ne pensais plus, je ne faisais qu’examiner de loin en me demandant ce qui avait pu lui arriver.  Les mêmes cicatrices au Québec m’aurait laissé croire que j’avais devant moi un bûcheron ayant subi le rebond d’une scie mécanique.
Une fois le paiement effectué, ce même gendarme se tourna vers la foule et cria :  «Allez, partez, vous n’avez jamais vu l’homme blanc, etc.» En moins de deux, nous étions seuls à nouveau.  Le désert autour de nous. Le niveau de transpiration, la fréquence cardiaque, le niveau de stress, la respiration, un à un, ces éléments revenaient à la normale. Nous retrouvions nos sourires, notre calme et notre désir de continuer avec au surplus, une histoire à partager et surtout, une confiance inébranlable en Petit Jos. Je savais que le reste du voyage serait bien et il a été bien.
Merci Petit Jos. Petit Jos mon Héros.