mercredi 13 avril 2011

SEMAINE 14 : Samedi 2 avril 2011

Samedi, 2 avril 2011, 07h00
Nous sommes quatre à nous être donné rendez-vous pour partir de Yagoua vers Lara et Moutouroua. Deux collègues de travail, Bouba, mon gardien de nuit et moi-même.
Je me rends à Lara avec Bouba pour visiter sa famille et gravir la montagne qui surplombe le village. Nous devons nous rendre tôt, la randonnée doit se faire en matinée sinon, le soleil sera trop fort. Les autres continueront jusqu’à Moutouroua pour aller chercher du mil et reviendront le même jour.
Nous avons un camion muni d’une boite pour le transport de la marchandise, à l’avant, trois places pour les passagers. Nous sommes quatre à être entassés l’un sur l’autre. Je suis assise sur le moteur et je cuis. On m’offre une autre place, mais je refuse. Hors de question que je chauffe mon gardien de nuit. Je trouve deux livres et les place sous ma fesse gauche, celle qui s’appuie sur le fer qui me brûle. Opération réussie, je suis confortablement assise entre le chauffeur et Bouba et je ferai le voyage sans trop de peine. On a gagé que je déménagerais avant la fin du trajet...Ils ont perdu.
Ce camion est la propriété du CODASC, mon employeur, il sert davantage à l’équipe de forage des puits qui se promènent un peu partout dans le département. Ils font un travail extraordinaire. Justement, la semaine dernière, je travaillais à la rédaction d’un projet de réhabilitation de 143 puits hors d’usage. Nous espérons que le partenaire acceptera le projet.
Ce matin-là, avant notre départ, nous avons chargé de la ferraille, des vieilles portes et de vieux morceaux de métal rouillé qui serviront ultérieurement pour la construction d’une maison.
Ici, tout se récupère.
Tout.
Bon, presque tout.
Enfin, nous partons. À peine avions-nous roulé dix kilomètres que nous sommes interceptés par un minivan qui transporte une quinzaine de passagers. Le chauffeur nous montre un véhicule renversé et nous dit : « Nous avons besoin d’aide pour le transport des blessés, y’a déjà un mort ». Le chauffeur recule alors le camion vers le véhicule et nous descendons. Par terre, un homme se roule, torse nu, le cellulaire sur l’oreille alors qu’un autre homme marche de long en large.
Que le désarroi et la détresse de ces hommes pour fracasser le silence matinal de la brousse.
Le minivan repart, nous prenons la relève.
Les trois hommes qui m’accompagnent ne font ni un ni deux, ils sont là, sortant les corps de deux jeunes femmes du véhicule alors que la troisième demeure coincée.
Elle est morte sur le coup.
Mes amis prennent les jeunes femmes et les déposent dans la boite du camion, sur un espace restreint aménagé pour l’urgence du moment.
Coincées entre la ferraille et la porte qui se refermera sur elles, elles y trouveront la mort si ce n’est déjà fait au moment où nous les avons déplacées.
Pour ma part, que des sanglots étouffés. Ils sont déjà trois. Leurs six mains suffisent à la tâche, l’espace est restreint. Je demeure à l’écart.
Quant aux hommes qui ont survécu, ils montent à l’avant du camion et, accompagnés de mes deux collègues, ils se dirigent vers l’hôpital de Yagoua.
Pas de place pour Bouba et moi. Les deux hommes blessés à l’avant du camion et les femmes inanimées dans la boite.
C’est cette image qui ne passe pas. Pourtant, ce qui devait être fait a été fait. Bien fait même.
Nous travaillons avec ce que nous avons. Une boite de camion…Le fond de la boite…De la ferraille…Deux femmes…
Ici, on n’a rien et «on fait avec» comme le disent les Camerounais.
Nous nous sommes alors retrouvés deux, sur une route déserte, un véhicule accidenté, le cadavre d’une jeune femme, des mouches qui nous empêchent de rester en place et puis, une moto, et une autre.
On s’inquiète, on me demande si je vais bien. Je leur raconte l’histoire, leur dit que ce n’est pas mon véhicule. On s’approchera pour voir et repartir, cantonnés dans un mutisme imprévu, le regard désolant et leur vitesse ralentie par les images.
Au loin, un chien se pointe. Bouba est vigilant, il prend des cailloux et fonce en criant à l’homme au loin : «Y’a l’accident, y’a le sang…Appelez votre chien»…
Bouba est formidable, il n’arrête pas de me surprendre, il pense à tout. Il sait beaucoup de choses. Il connait son pays, sa culture, ses gens et plus encore.
Les gendarmes arrivent, calepin en main. Au loin, des paysons qui marchent pour venir voir l’accident. Avec eux, des enfants…C’est trop…Je sors une camisole bleue de mon sac, me dirige vers le gendarme, la lui tends tout en lui demandant d’éviter que les enfants voient…Il part et couvre le visage et le crâne de la jeune dame décédée.
On m’a informé un peu plus tard qu’habituellement, on couvre le visage des cadavres avec des feuilles. Pour cette fois, ce sera ma camisole de couleur bleue qui servira de voile.
Dans le décor jaunâtre du sahel, le bleu du voile improvisé détonne.
Nous attendons le retour de nos amis. Les revoilà. Nous montons et reprenons la route. Ils nous apprennent alors que les deux dames sont décédées avant leur arrivée à l’hôpital et qu’ils sont inquiets pour le chauffeur qui crachait le sang. On croit qu’une des femmes était morte avant le transport.
Le gros camion dans lequel je suis ne peut pas aller bien vite. Je suis rassurée. C’est comme ça, après la vue d’un accident, on roule plus doucement.
Et puis, les hommes se sont mis à parler, à dire, à redire, à décrire et…À se taire, ici et là, quand l’un d’eux terminait, fermait ou achevait la discussion par une phrase qui clos : «Dieu en a voulu ainsi», «…c’est comme ça», «...le destin», «…trois jeunes femmes», et j’en passe.
Au cours de la conversation, nous apprenons que le cellulaire d’un de nos amis a été emprunté par un des hommes blessés. Suffisant pour qu’on le rappelle puisque tous les cellulaires ont un afficheur.
Notre ami nous le confirme, c’est déjà fait. Une dame l’a rappelé lui demandant qui il était : «un infirmier qui passait par là», et comment vont les femmes : «je suis désolé, elles sont mortes».
Fin de la conversation.
On ne sait pas qui a appelé, la mère, la sœur, l’amie, enfin, il s’agissait surement d’une personne proche puisqu’elle avait été contactée par un des blessés.
Tout en nous racontant cette courte conversation qu’il a eue, mon ami ouvre son cellulaire et constate qu’on lui a pris 4000 FR de crédit de communication. Il referme son cellulaire et le replace dans sa poche en soupirant et haussant les épaules. Personne n’ose dire quoi que ce soit. Vous savez, c’est beaucoup d’argent 4000 FR pour une personne d’ici. Maintenant, son téléphone est presque vide.
De ces courts silences que l’on croit interminables…Il en était un…Que le ronflement du moteur et le vacarme de nos pensées communes. Nous étions tous coincés entre ces images de la mort et la vie qui doit continuer.
En d’autres circonstances, nous aurions sympathisé avec cet ami qui venait de se faire prendre 4000 FR de crédit.
On a repris la conversation avec des choses simples qui ne durent pas. Briser le silence qui fait mal. Voilà ce que nous tentions de faire. Bien que nous voulions sortir du sujet, nous y revenions sans cesse et chacun y allait de son histoire personnelle.
Au retour, on m’informe qu’à la morgue, les gens de l’hôpital ont laissé les gens du village aller voir les corps.
Inhabituel selon une dame d’ici. Inhabituel et __________. Ici, vous pouvez ajouter le mot que vous voulez. Vous êtes maintenant dans un blogue interactif.
Mon fils ajoutera TIA. This is Africa. Que les cinéphiles se mettent à l’ouvrage.
L’histoire la plus crédible et la plus constante, il s’agissait de la femme du juge de Kousséri, la femme du juge de Maroua et d’une étudiante qui venait de terminer sa formation au Canada. Les deux hommes ont survécu. Par moment ils étaient morts, par moment, ils étaient vivants, mais dernièrement, un homme qui connaissait l’un d’eux m’a dit que les deux hommes s’en étaient tirés.
Sur les lieux de l’accident, alors que j’étais seule avec Bouba, il m’a demandé ma caméra pour pouvoir prendre des photos. Je ne voulais pas et il m’a expliqué que c’était pour son papa.
J’ai accepté. Difficile à concevoir, mais, lorsque je l’ai vu, un peu plus tard dans la journée, seul à seul avec son père en train d’échanger sur l’accident, caméra en main, j’ai pensé que c’était libérateur pour lui. Son père est un grand sage, il a été infirmier de brousse pendant 38 ans, ses histoires sont nombreuses. Un des premiers chrétiens à avoir eu la chance de bénéficier de la science des blancs. Il a jumelé médecine traditionnelle et la médecine moderne. Il est âgé de 71 ans, un des monuments du village.
Le lundi suivant l’accident, je marche vers le travail lorsque j’entends un pas derrière moi. Je me retourne, il s’agissait du chauffeur du camion qui nous transportait le jour de l’accident.
Incroyable. Je pensais justement à lui. J’avais hâte de le revoir.
Sur les lieux de l’accident, alors qu’il finissait de transporter les corps, nous nous étions retrouvés là, tous deux, un peu en retrait, à simplement se regarder, se baisser les yeux, se regarder à nouveau et ainsi de suite. Pris dans la même émotion, les yeux embrouillés, la gorge nouée et la tête frottée et serrée par nos mains et nos doigts. Une communion. Nous étions tous deux dans le même chagrin, que le regard pour communiquer notre impuissance.
Ce lundi matin, en me retournant, nous nous sommes regardé, mais cette fois…Un regard soutenu et sans qu’un mot ne soit prononcé, nos mains se sont rencontrées pour se serrer.
Nos yeux, nos mains, notre gorge avaient été libérés par le temps.
Il a parlé le premier :
-Ça va?
-Oui et toi?
-Ça va.
-Et la tête?
-Ça va.
Le sanglot n’est plus. J’ai parlé, parlé et parlé.
Ici, lorsqu’on veut dire qu’on a fait le geste avec intensité, nous répétons trois fois le verbe d’action au même temps.
Attention, je me reprends, nous avons parlé, parlé et parlé. Il a aussi parlé, parlé et parlé.
Et cette image passe mieux. Ce qui devait être fait a été fait. Bien fait même.
Je lui raconte ma fin de semaine. J’ai rejoint un autre volontaire et sa femme à Kaélé. J’y ai mangé des criquets rôtis et bu le bili-bili.
Vous vous souvenez du blogue de la semaine six où je mentionne avoir eu peur d’un insecte qui faisait un BZZZZZ d’enfer…C’était un criquet. Relisez le paragraphe précédent, j’ai mangé un criquet, deux et puis trois.
Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas.
Enfin, il est heureux d’entendre que j’ai gouté le bili-bili, la bière de mil artisanale fabriquée par les femmes d’ici. Il écoute et interroge mes impressions.
Délicieux, c’est délicieux.
Et l’odeur…Ces agréables effluves m’ont rappelé…Le 24 juin…Notre fête nationale…Les Plaines…
Et puis, j’ai soudainement eu un goût de saucisse et de choucroute…Et j’ai pensé que nous étions de très bons producteurs et buveurs de bière…Et j’ai tout de suite freiné ces pensées soudaines qui se terminent par…«…j’ai hâte…ça me manque…c’est-y assez bon…etc.»
Nous continuons la route ensemble. Il est grand, très grand. J’accélère le pas pour ne pas qu’il piétine.
Je crois sincèrement que ce matin là, le Bon Dieu l’a placé sur mon chemin. Je vous le redis, j’avais hâte de le voir.
Tout bien réfléchi, peut-être est-ce les esprits de ces dames qui l’ont vu être fort et courageux et qui ont cru bon que nous partagions le plus rapidement possible ?
Je lui ai aussi dit que je l’avais trouvé formidable. Il a répondu : «On fait comment?».
Dans un blogue précédent, je vous ai parlé de ce «comment» que l’on utilise à tout moment.
J’ai souri. À mon retour, vous excuserez tous les «comment» que je dirai…Mieux encore, si le cœur vous en dit, vous y répondrez par une poignée de main et un sourire.
Je continue avec le chauffeur. Il en vaut la peine.
Anecdotique mais, avant ce samedi matin, je le connaissais peu. Pire encore, un matin, il s’est arrêté près de moi avec sa moto pour me dire : «Bonjour Alyne. Monte» sans ajouter quoi que ce soit. Je me suis sérieusement demandé qui était cet étranger qui m’offrait un transport. J’ai rapidement conclu que c’était un collègue de travail puisque nous seuls empruntons ce sentier.
Ce lundi matin, un contact fort différent. Ensemble, nous avions vu et vécu.
Nos salutations ne seront plus jamais les mêmes.
Ah oui…Finalement…Je n’ai pas gravi la montagne. Nous avons reporté l’activité.

mardi 5 avril 2011

Semaine treize (Texte intégral)

On m’avait prévenu.
Mars et avril, tu auras chaud, «…on sue comme des cochons». Je vous assure, je sue comme une cochonne.
Mars et avril, « …j’avais quatre ventilateurs et ça ne suffisait pas». J’ai un seul ventilateur et il ne suffit pas.
Mars et avril, «…c’est comme être près d’un feu de camp, tu as chaud, tu veux t’éloigner, mais, le feu te poursuit». Depuis quelques semaines, le feu me poursuit.
Il fait chaud. Ma peau transpire comme jamais. Je bois sans que mon système urinaire obtienne sa juste part. La répartition des liquides n’arrive pas à se faire, la chaleur assèche toute boisson qui entre dans mon corps et l’évapore juste là, dès l’entrée. Le cou, les aisselles, le thorax, le pli des coudes transpirent et tout le reste du corps en arrache.
Je vous le dis, j’ai parfois peur pour mes reins…Vous savez, ces organes de l’élimination de nos déchets organiques qui orchestrent nos urines selon nos absorptions fluides…Je crois qu’ils sont présentement au chômage.
Bon, papa et maman, pas de panique quand même, j’urine, mais moins. Jaune le matin, jaune et jaune le soir alors qu’habituellement le jaune est présent que le matin. Pour la quantité d’eau que j’absorbe, je devrais courir les toilettes, mais, ce n’est pas le cas.
Quand je vous dis que je transpire…
À mes amies, ami au féminin pluriel, que mes amis, ami au masculin pluriel, continuent la lecture avec retenu et discrétion. En aucun temps, lors de votre retour, vous aurez le droit de vérifier si les éléments contenus dans les prochains paragraphes sont vrais.
Des précisions s’imposaient. Allez voir pourquoi.
Prise deux.
À mes amies, (ami f.p.),pour la première fois de ma vie, j’arrive à suer et mouiller mon chandail juste là, sur mon thorax, mon buste, mon cœur, ma poitrine ou mon torse, juste là, entre mes «deux seins».
La première fois que j’ai constaté que je ruisselais suffisamment pour laisser des empreintes d’humidité à cet endroit, je ne savais que faire. Je décollais le tissu de mon chandail de ma peau en l’aérant, mais c’était inutile. Les traces demeuraient. Honnêtement, j’étais presque déçue d’être seule. J’aurai tellement aimé que l’on puisse imaginer qu’à cet endroit précis de mon corps se trouvait suffisamment de chair pour me faire transpirer.
Qu’à cela ne tienne, dès lors, ne pouvant partager ce moment de félicité unique, je décidais d’en faire un blogue. Comment ne pas partager cette expérience sensorielle ou mon corps s’est soudainement senti transformé.
Mes amies, (ami f.p.), actuellement, je sue comme si j’avais une «craque». Une seule chose, j’en ai les inconvénients sans en tirer les avantages.
Tout cela n’est pas sans me rappeler certains souvenirs où certaines de mes amies, (ami f.p.), m’avaient suggéré de mettre un peu d’argent sur mes outils promotionnels, en occurrence, mes seins. Croyez-le ou non, ces amies, je les aime encore. Avec le temps, j’ai appris que les relations franches et honnêtes sont celles qui durent le plus longtemps.
Et cette expression «outils promotionnels» qui me fait encore sourire n’est pas de moi mais d’une amie qui est doté d’une intelligence forte vive jumelée à un esprit ludique. C’est pour cela que je l’aime…Et plus encore.
Et à cette discussion animée entre amies racontée à mes trois adolescents, l’un d’entre eux, ou peut-être même les trois, m’avait suggéré «le kit à 5000». Mais qu’est-ce qu’un «kit à 5000» leur avais-je demandé…Fort simple, il s’agit du résultat d’une augmentation mammaire.  
Eux aussi je les aime encore.
Aujourd’hui, je suis fière de ne pas avoir investi un seul denier. Ces deux éléments de mon corps demeurés étrangers jusqu’ici le demeureront.
Je poursuis.

J’ai vraiment chaud. Je prends deux et parfois trois douches par nuit. Je suis en train de dérégler le coq du voisin qui chante à chaque fois que j’ouvre et ferme le robinet de ma douche. Il a dû, depuis mon arrivée, régler ses chants à mes douches matinales et n’arrive pas à comprendre ce qui se passe. Résultat, je me douche et il chante.

Ivan Petrovitch Pavlov serait certes heureux de constater que mêmes les coqs ont des réflexes conditionnés. S’il avait fait ses expérience ici, dans ma maison, la science de la psychologie nous parlerait du «coq de Pavlov» et non du «chien de Pavlov».

Confession que je vous chuchote par remords…Ce coq, j’ai rêvé de le manger. Je l’ai vu rôti, bouilli, en sauce, en pâté, en brochettes, en soupe, en fondue, en grillade, etc. J’ai cessé mes fantasmes le jour où je me suis dit qu’il avait peut-être aussi chaud que moi, qu’il ne savait pas comment suer comme un «cochon», qu’il n’a pas de ventilateur, que le feu le poursuit et que, le pauvre, il ne peut pas prendre de douche pour se rafraîchir. Pire encore, je ne chante pas pour lui.
Ce n’est pas terminé. Lorsque je respire, tout est chaud. Je sens la chaleur dans ma bouche, mon œsophage, mon larynx, mon gosier, ma fale, tout y passe. À ces mêmes amies, (ami f.p.), à qui je m’adressais tout à l’heure, n’ajoutez rien, je vous connais et je vous entends d’ici, vos remarques grivoises traversent l’océan…Il ne s’agit que de la chaleur que je sens dans ma bouche…Compris…
Désolée pour les autres lecteurs, je veux juste limiter le flot de commentaires appréhendés par mes amies aux propos épicés.
Je continue, l’intérieur de mes narines sèche et doit être constamment arrosé d’eau. On y va de nos doigts. Le mouchoir étant, de toute évidence, une entrave au bon travail. La poussière de l’air, le sable et la pollution des feux allumés ici et là pour brûler les déchets domestiques s’entassent, s’empilent, se cumulent pour se coller, se greffer à vos parois nasales. Inutile d’en ajouter. Je n’ai de mots pour vous décrire et je ne veux en trouver.
À votre peau se colle toutes particules étrangères qui se trouvent dans l’air et votre transpiration garde tout, conserve tout, retient tout. Pire encore, lorsque l’harmattan, ce vent très chaud et sec soufflant du Sahara se lève et ne fait que poussière votre environnement, vos yeux piquent et vous craignez la conjonctivite.
Parfois, je n’ose plus me toucher ou me gratter avant d’avoir lavé mes mains. Je me sens sale.
Je me demandais sincèrement si, en Afrique, nous parlions du climat ? Eh bien oui. Le matin, lors de ma marche matinale, on me demande : «C’est comment ? Et le soleil ? Et la chaleur?»….Même les gens d’ici s’en plaignent. Ils couchent dehors, ils s’entourent d’un drap mouillé, ils boivent et transpirent autant sinon plus que moi.
Tout mon linge de couleur pâle est jauni par la transpiration. Le javellisant ne fournit pas.
J’ai longuement pensé à me faire un nid dehors, mais, les cafards me faisaient peur. Bouba, mon gardien de nuit, m’a convaincu et a trouvé un endroit pour installer ma moustiquaire. Je me suis assuré de son étanchéité et j’ai dormi, et dormi rêvant à mes amies, ami f.p.. Que de plaisir nous avions. Et pour les amis, ami m.p., j’ai également rêvé à vous. Adorablement, vous étiez tous surpris de lire la suggestion de mes fils…Vous ne compreniez pas…
Et ces expériences de nuit à la belle étoile se poursuivent. Hier, alors que j’avais introduit mon château, soit ma nouvelle chambre extérieure, Bouba a fait le tour de mon matelas avec la craie qui tue les cafards. Il dessinait mon territoire. Intérieurement, j’ai ri. Je ne lui avais rien demandé. Il sait que je déteste les cafards et tente d’éviter tout cri nocturne qui pourrait alerter les voisins, mais, je crois qu’il a aussi fait cela parce qu’il est aimable, fort aimable.
Dans toute cette histoire de chaleur, le seul point positif, un avant gout de ce qui m’attend. J’entends encore ma maman se plaindre de la chaleur lors de sa longue traversée ménopausique…Génétique aidante, je devrais vivre l’Afrique en Amérique sous peu.
Pour moi, que le mois de mai arrive avec ses températures plus froides.
Pour vous, que le mois de mai arrive avec ses températures plus chaudes.
Je signe ce que je signe depuis peu…
Votre Alyne qui transpire, sue, sécrète, suinte, dégoutte, ruisselle, nage, dégage, pue, etc.

lundi 4 avril 2011

SEMAINE DOUZE - ADAMO ET NASSARA (texte intégral)



Témérité ou absence de vigilance, je ne sais point. Une chose est certaine, j’ai suivi mon instinct.  Sourire, candeur et fraîcheur ont suffi pour faire tomber l’état de veille constant que nous devons adopter pour éviter les ennuis ou pour prévenir toutes situations malheureuses.

Dans cette histoire, l’avenir me dira s’il s’agissait d’une leçon ou d’une bénédiction.



De prime abord, vous devez savoir qu’ici, à Yagoua, j’ai mon chauffeur de mototaxi qui sait combien je n’aime pas la vitesse.  Il est ce que j’ai de plus précieux pour mes déplacements divers.



Or, chaque fois que je vais à Maroua, ville située à environ 200 km de Yagoua, trouver un chauffeur de mototaxi comme lui est difficile.  Que d’aventures j’ai eues.  Un qui ne connaissait pas l’endroit où je lui demandais de m’amener, l’autre qui roulait un peu trop vite, un autre qui était un peu trop téméraire, enfin... Au cours de la dernière fin de semaine, je m’étais donné comme mission d’adopter le prochain chauffeur qui me plairait.

Vendredi matin, sur le coin de la rue, attendant sagement un mototaxi, voilà qu’Adamo se pointe. Avant de monter, je lui ai dit «maman a peur, il faut aller doucement».  Il me répond «Maiaiais y’a paaaaaas de problème» avec un accent et une prononciation toute particulière, le français est certes sa troisième langue, mais il se débrouille.  Il s’exprime avec des phrases courtes et simples, sans fioriture inutile. Nous sommes de véritables contrastes dans le domaine.

Un voyage des plus doux.  Aucun freinage brusque ou accélération inutile. J’aime sa conduite, elle est comme celle de mon père ou un de mes frères, mais lequel…Je les vois se poser la question.



À la fin du trajet, je lui demande son numéro de téléphone et lui explique que j’aimerais qu’il vienne me chercher vers 16h30. Il me répond : «Mais y a paaaaaas de problème» et c’est là que notre histoire débute.

Tel que prévu, vers 16h30, je l’appelle et il me dit : «J’arrive, vous m’attendez».  Tous les participants ont le temps de partir et je reste là.  On me dit qu’il ne viendra pas, mais je décide de lui faire confiance. J’avais raison, il arriva, tout en peine, m’expliquant dans ses mots son retard : «J’étais très loin, trèèès très loin». 



Le «è» du «très» est étirée tout comme le «a» du «pas de problème» et le «ai» du «mais».



Et puis, je lui dis que le soir même, j’aurai besoin de lui pour aller souper et ensuite revenir à la maison.  Il répond toujours : «Mais y’a paaaas de problème» et toujours, la conduite est impeccable.



Je lui annonce que le lendemain, il devra me cueillir à la maison pour aller travailler et ensuite me ramener à la fin de la journée. Il me demanda alors quelque chose d’étrange, il voulait conserver mon numéro de téléphone et prendre «la photo de la blanche».



Pour cette demande, il me parle doucement et m’explique qu’il serait bien content, mais surtout, que ses parents seraient «trèèèès contents». 

Ses explications furent plus longues que celles que je vous livre. Beaucoup de délicatesse et de soin pour chacune des syllabes prononcées. Sa gesticule fort posée échappait à toute forme d’excès. Il insistait sur une chose, ses parents seraient «fiers, très fieeeeers» de lui parce qu’il connait «nassara», ce qui veut dire «blanche» dans leur patois.



Afin de rendre justice à ce blogue, vous devez, tout en lisant le présent texte, prendre le temps d’étirer les voyelles lorsque je vous le signifie tout en y allant d’un léger crescendo suivi d’un diminuendo qui rejoindra la dernière voyelle écrite.



Et pour rendre les choses encore plus réelles, imaginez Adamo avec une expression faciale qui témoigne la joie, le plaisir et le ravissement. Un hochement de tête ici et là vous installera tout prèèèès de moi et vous comprendrez alors mon prélude… témérité ou absence de vigilance, je ne sais point…

Mais, vous décrire l’inconfort vécu à entendre les raisons qui motivaient sa demande…De muettes interrogations envahissaient bruyamment mon esprit. 

Je vous invite à bien y penser…On est fier de connaître un «blanc», on le garde dans ses contacts téléphoniques, on veut rassurer ses parents qui demeurent en brousse et pour le faire, on leur dit qu’on connait une «nassara», mieux, on a une photo pour le prouver.



Mais qu’est-ce que la couleur de notre peau a pu laisser comme trace mnésique chez les gens du village ?



Un peu plus tôt au cours du même mois, une collègue m’expliquait que dans certaines tribus, les scarifications sur les visages étaient pratiquées afin que l’enfant noir ne soit pas volé par l’homme blanc. Bien des explications aux scarifications, mais celle-ci m’a saisi.



Trouver un sens à cette situation n’aurait eu de sens. Les propos racistes me seront toujours intolérables et insupportables, davantage lorsque je rencontrerai Adamo.



À mes rebonds émotifs échappant à mon cycle ovulatoire, me rationaliser était impératif. Il fallait que j’éprouve rapidement du plaisir à lui dire «oui» alors que je pensais à cette subordination, cet asservissement qui paralyse et annihile toute dignité humaine. 



Je pensais à l’histoire de son peuple. Je me rappelais de ma visite à la Maison des esclaves située à l’Ile de Gorée (Sénégal). Cette île était le principal point de départ des «nègres» capturés par les blancs sur le continent africain pour les amener en Amérique et en faire des esclaves.

Visiter l’ile de Gorée, c’est un peu comme visiter un camp de concentration.  L’histoire d’un peuple s’y trouve. On y pleure.



Je voulais tellement lui dire que pour ma part, j’étais «trèèès contente» de l’avoir trouvé, mais il n’avait point d’oreille.

J’ai souri, béatement. Je l’écoutais et opinais du bonnet. Une adhésion totale à toutes ses demandes.

Vous avez certes déjà eu des absences momentanées parce que la réflexion, la rumination, la cogitation vous envahissaient. Adamo m’a permis d’être absente, il parlait et je n’écoutais plus.



Et puis, vivement je suis revenue, lui promettant les plus belles photos.



Le lendemain, mon amie a pris deux photos tout près de sa porte d’entrée, lui en dossard jaune et moi derrière lui, bien assise sur sa moto. Il est venu ensuite me conduire au travail.



Je croyais que c’était suffisant, mais…



Sur la route, il a pris tout son temps pour me dire qu’il voulait que la photo soit prise ailleurs.  Fin et prudent, il ne prenait aucun risque. Il me disait : «Il faut porter les beaueaueaux habits», le poing bien serré devant lui le tirant vers son coeur.  J’ai vite dit oui pour le rassurer, pour qu’il arrête d’être fin et prudent.

Il continua en m’expliquant qu’il connait un endroit où «tououout le monde» se rend pour la photo. Il demanda si «la sœur» pouvait nous accompagner. La sœur est mon amie volontaire qui avait pris la photo du matin.



Je n’avais pas saisi les éléments de sa première demande alors je lui ai dit que le lendemain, je serais disponible et qu’il me ferait plaisir d’utiliser mon appareil photo…«Ah ça…c’est un trèèès bon appareil, un trèèès trèèès bon appareil, ce sera de joooolies photos».

Tel que promis, le lendemain, il est venu me chercher pour le travail et lors du retour, il avait un sac que j’ai gardé avec moi jusqu’à ce que je le rappelle pour se rendre à l’endroit choisi.



Dans son sac, les «beaueaueaux habits».



Je l’ai rappelé 30 minutes plus tard.  La «sœur» était prête à m’accompagner dans mon aventure et servir de photographe. Nous nous sommes rendus au pont situé à l’entrée de la ville. 



Confidence : je me suis demandé dans quelle histoire je m’étais embarqué lorsque j’ai trouvé le trajet un peu long. C’est comme ça, plonger sans regarder la profondeur de l’eau...Et de se demander si «témérité ou absence de vigilance» se terminera par «leçon ou bénédiction».



Consolation, j’ai eu droit à une visite guidée de la ville. Il m’a également raconté qu’il était au Tchad en 2008 et que «la guerre l’avait chassé». Je lui ai demandé ce qu’il avait vu et il a dit, sans étirer les voyelles, sans crescendo ni diminuendo et sans expression faciale, que les corps étaient par terre dans les rues, que le sang était là, tout en m’indiquant de la main gauche le goudron sur lequel nous roulions, et que c’était terrible.



Silence.



Une fois sur place, j’ai tout compris.  L’endroit était joli et puis, il a enlevé son chandail et a mis les «beaueaueaux habits». Il était beau, «trèèèès» beau.

Nous avons pris quelques photos et, à chaque fois, il sortait un nouveau chandail et s’habillait et se déshabillait jusqu’à ce qu’il sorte de nouveaux pantalons…Je me suis alors demandé comment il ferait, mais, sans aucune gêne, il s’est changé.



Nous avons regardé dans la direction opposée…Je vous ai mentionné un peu plus haut que je n’étais pas dans mon cycle ovulatoire alors…Nous avons vraiment regardé dans la direction opposée.



Un laps de temps court, mais tellement vivant.  L’entendre dire «oulalala, c’est joooooli…» à chaque fois qu’il se voyait sur l’écran était ma mélodie du bonheur. Et ma copine de me dire combien j’étais téméraire, et de la rassurer en lui disant qu’en cours de route, je me suis demandé si j’avais bien fait…



Et j’avais bien fait.



Et puis, il a encore une fois pris tout son temps pour me dire que lorsque je reviendrai à Maroua, il est possible qu’il ne puisse répondre à mes appels, car il doit entrer au village pour «le mariage». Il a trouvé «la fiancée». Il veut continuer d’être mon «chauffeur» malgré son absence.  Il a expliqué à trois ou quatre reprises de ne pas croire qu’il ne serait plus là, mais de seulement comprendre qu’il devait aller se marier. 

Je lui ai dit que lorsqu’il reviendrait à Maroua, je prendrais des photos de sa fiancée. Il était «trèèèès content».



Le lendemain, j’ai choisi six photos et je les ai «fait laver» comme Adamo sait si bien le dire.



Lorsque je l’ai revu, il avait les «beaux habits».  Il m’a fait remarquer ses cheveux qui venaient tout juste d’être rasés.  Je lui ai dit qu’il était beau, trèèès trèèès beau.



En regardant les photos, les remerciements ne cessaient.  Il m’a dit : «comment faire les cadeaux pour toi».  Je lui ai dit que je n’avais besoin de rien, que ça me faisait plaisir.  Et il a ajouté : «…mais je me souviendrai de toi jusqu’à la fin de mes jours, vraiaiaiaiment…».



Je lui ai alors demandé de pouvoir envoyer sa photo à mes parents, fils et amis et lui disant : «Mon papa et ma maman seraient trèèèès contents de savoir que leur fille est transportée par quelqu’un qui conduit bien, trèèèès bien…».  Et d’ajouter et répéter encore et encore plus fort, en crescendo sans diminuendo : mes parents seraient trèèèès contents, trèèèès trèèèès contents.



Il a accepté. C’est pour cette raison que vous avez sa photo. Contemplez ses beaux habits, son sourire et…Combien il est beau.



Pour me rendre justice, vous devez, tout en lisant, prendre le temps d’étirer les voyelles lorsque je vous le signifie et, plus important encore, exercer ce crescendo en utilisant tououout l’air de vos poumons.

Pour rendre encore les choses plus réelles, il est impératif de me joindre une expression faciale qui témoigne la joie, le plaisir, le ravissement, le contentement et la satisfaction…









Et de vous dire combien je me sentais mieux



Qu’est-ce que cette histoire laissera comme traces mnésiques chez la «nassara» ?



Le quotidien vous disais-je…En voici une parcelle…Inoubliable…

jeudi 24 mars 2011

SEMAINE ONZE - Oscar



Voici Oscar et l'arraignée qui veille sur les moustiques de la maison.  Une photo de mon petit petit salon...


OSCAR
Vous vous rappelez mon ami Oscar le lézard ? C’est au blogue de la deuxième semaine que je vous l’ai présenté.
Il est de retour, il m’a suivi jusque dans ma maison. Il m’a adopté.  Avec lui, toute sa famille : grand-père, grand-mère, papa, maman, le grand frère, le petit frère, la grande sœur, la petite sœur, sa femme (une seule), ses petits dont le bambin qui adore jouer et parfois, oser défier les limites de mon territoire.
La famille au complet, un vrai Africain. Je doute même qu’il ait amené la famille de sa femme, je devrai vérifier avec lui ultérieurement.  Et si c’est le cas, je comprendrai alors un peu mieux le nombre qu’ils sont.
Vous savez, sa présence est une bonne chose puisque j’ai besoin de lui pour éliminer les cafards qui oseraient s’approcher de ma maison.  Il a transmis la notion de territoire à son clan et je vous dirais que jusqu’ici, tous respectent à la lettre le protocole déjà signé entre Oscar et moi. Mieux encore, ils demeurent sur les murs de ma cour extérieure.  Si tous résistent à la tentation de venir dévorer les araignées de ma maison qui s’occupent de bouffer les moustiques, ce sera le paradis. 
Vous comprenez ainsi que je dois impérativement cohabiter avec deux espèces bienveillantes, le lézard et l’araignée. 
Je les préfère de loin aux moustiques qui peuvent nous transmettre la malaria ou à ces laids cafards qui provoquent chez moi la répulsion, le dégoût et la nausée. 
Avec Oscar, tout s’est bien déroulé.  Il a tout de suite reconnu mon langage et a compris les clauses du contrat complexe que nous devions signer. Or, ce n’est pas la même chose avec les Camerounais plus âgés qui n’ont pas fréquenté l’école très longtemps.
On me regarde, on demeure silencieux, parfois la répartie se limite à peu de mots.  Certains se risqueront.
-Vous êtes Française ?
-Non, je suis Canadienne et rapidement d’ajouter «Québécoise pour être plus précise».
-Ah bon ! Voilà ! C’est l’accent.
Et ils ajoutent : «Nous sommes frères, nous avons aussi deux langues au pays, l’anglais et le français».
Croyez-le ou non, ils ont eux aussi leur ROC (Rest of Cameroun au lieu de Rest of Canada).
Que de mots changés, éliminés, remplacés. Combien de fois je me suis fait dire que j’avalais mes mots ou mes syllabes. 
Résultat : je m’exerce à prononcer lentement et très très clairement soignant ainsi mon vocabulaire administratif qui diffère quelque peu.
Retenez que je ne suis pas dans la capitale, je travaille avec des gens qui viennent de village parfois inaccessible en saison des pluies.  Le français est leur deuxième langue et parfois même leur troisième.
Je me rappelle avoir donné des explications à un homme venant d’un village de la brousse comme ils disent ici, et qui me regardait sans dire un mot pour ensuite regardé le chauffeur de moto-taxi et lui dire : «Qu’est-ce qu’elle a dit ?» Et moi qui m’appliquais à parler lentement, clairement et doucement.
Le chauffeur a repris en faisant des phrases encore plus courtes et prenait le temps de prendre une pause entre chacune d’elles.  Depuis cette démonstration, mes communications sont meilleures avec les gens des villages qui sont plus âgés, je me rappelle le chauffeur qui reprend ce que j’ai dit et je l’imite sans moquerie.
Ce même jour, j’avais dirigé ce même monsieur à sa chambre puisqu’il ne pouvait retourner dans son village le même jour.
Peu de temps après l’avoir laissé, il est revenu me voir et m’a demandé de le suivre dans sa chambre, «je voudrais que tu viennes» m’a-t-il dit.   Il me montra la douche et dit : «Qu’est-ce que c’est ?» J’ai ouvert l’eau pour lui montrer et lui ai dit que c’était pour se laver et il a ajouté tout doucement : «Je vois, et l’eau coule sur toi».  Il se retourna, vit le savonnier et dit : «Et ça, c’est pour mettre le savon». 
Mais ne vous en faites pas, je parle encore québécois et on me parle toujours de mon accent.
Se mouler au langage local est une nécessité.  Ne pas se faire comprendre est difficile et se faire comprendre à moitié l’est tout autant.
À titre d’exemple, ils feront une enquête alors que nous ferons une collecte de données. Ils demanderont une «décharge» alors que nous demanderons un «reçu» même si je sais que le mot reçu n’est pas dans le dictionnaire et que nous devrions dire «récépissé».
Ils font un plaidoyer alors que nous faisons une campagne de sensibilisation. Ils «lavent» les photos alors que nous les développons.  On nous présente un bâtiment alors que nous présentons des personnes.
Je ne soupe plus, je dîne et, je n’ai plus d’adverbe interrogatif, je dis «C’est comment?».
Ce fameux «C’est comment?».  Je leur demande comment je peux connaître son véritable sens alors qu’eux-mêmes le disent n’importe quand, n’importe où, n’importe comment et pour n’importe quoi. 
J’ai donc conclu que je pouvais le lancer, comme ça, sans trop me questionner, et que de toute manière, on me sourirait et qu’ensemble, on engagerait la conversation.
Mais je vous le dis, avec Oscar, tout s’est bien déroulé. 
Pour être honnête, je doute de ses origines lointaines…Peut-être est-il le résultat d’un croisement entre une salamandre québécoise venue pour le développement international et un lézard camerounais?
Enfin, une chose est certaine, sa famille est grande et je doute des activités nocturnes de mon ami Oscar.  Encore une fois, je crois que, comme mentionné à la semaine six, c’est chez moi qu’on se multiplie, c’est chez moi qu’on se courtise, qu’on se séduit, qu’on se conte fleurette et, qu’on se réjouit de jouir. À une différence près, je ne demeure plus chez les sœurs.
Mieux encore, je désire qu’Oscar se multiplie avec sa «belle» et que tous se nourrissent des délicieux cafards qui provoquent chez moi la répulsion, le dégoût et la nausée. 
Bonne semaine à vous...




mercredi 16 mars 2011

SEMAINE DIX






Tel que prévu, des photos...
Le pagne de la journée de la femme 2011
Trois photos de la cour extérieure de ma maison dont une avec mon gardien de nuit, Dominique Bouba. Sur la deuxième photo, vous pouvez voir ce que mon gardien de nuit a fait pour moi, un toit de paille soutenu avec des troncs d'arbre habilement taillés, attachés et plantés dans le sable...Tellement beau...
Sur la quatrième photo, ma toilette extérieure...Un simple trou...
La dernière photo, moi-même avec mon costume du 8 mars...

8 mars 2011
Mon 8 mars a débuté le jour où j’ai appris que mon employeur offrait le pagne traditionnel à toutes les femmes à son emploi.
Et de vous préciser davantage, le pagne est une pièce d’étoffe qui sert à la fabrication du costume traditionnel. Chaque année, un motif est créé pour l’occasion.  Accompagnant ce texte, vous trouverez le motif de l’année 2011 et pourrez y lire le thème de la journée du 8 mars 2011 :
Femmes : Partenaires incontournables du développement
Sur la photo ci-haut, vous me verrez avec mon pagne ayant servi à la confection d’un cabas, robe ample dont les mesures sont simples. Il n’a suffi qu’un œil scrutateur pour que ma couturière me confectionne un cabas sur mesure. Tout était parfait.
Et ce 8 mars 2011…
Honnêtement, je ne savais trop ce qui m’attendait et, n’eut été de ce costume, des efforts de la couturière à me confectionner et livrer mon costume à temps, je serais resté sagement à la maison.  Or, je devais honorer l’invitation et porter fièrement ce costume. Je n’avais pas le choix.
Vers 09h00 le matin, vêtu de mon cabas, je me rendis au stade de la ville où la fête se déroulait.  Le trajet fût ralenti par des félicitations, des poignées de main et des «Bonne fête» de toutes parts. De toute évidence, les Camerounais aiment que nous portions le pagne.
Certaines coupes de leur costume moulent si bien les courbes de la femme Africaine qu’on croirait que Joseph Ribkoff est venu copier les couturiers d’ici avant de lancer sa carrière.     
Une fois arrivée au stade, seule, je me rendis près de l’estrade et très rapidement, un placier m’indiquait l’endroit où je devais m’asseoir.  Je devenais invitée d’honneur. De toute évidence, la couleur de ma peau y était pour quelque chose.   
Et puis, les gens sont arrivés. Des hommes venus assister au défilé et des femmes portant fièrement le «fameux» pagne du 8 mars 2011. 
Ce pagne importe. On en parle longtemps à l’avance.  Plusieurs femmes se priveront de participer aux activités simplement parce qu’elles n’ont pas le pagne. Plus encore, on dit que les maris paient très cher leur impossibilité ou leur refus d’acheter le pagne à leur femme. On me raconte qu’une femme aurait brûlé la récolte de son mari parce que celui-ci ne lui avait pas offert son pagne…Reconnaissez que c’est du sérieux !
Mais, il y a aussi celles qui n’assisteront pas à la fête pour bien d’autres raisons.  Un paysan rencontré la veille du 8 mars me disait qu’il ne pouvait acheter le pagne à sa femme et que de toute manière, il valait mieux qu’elle n’assiste pas à la fête.  Il prit alors le temps de nous expliquer et dans ses mots ce que j’ai retenu : «…vaut mieux qu’elle reste à la maison pour les travaux, ça c’est bien. Là-bas, les femmes boivent trop, ce n’est pas bien…»
Retour à cette journée du 8 mars 2011…
Et puis, sise dans les estrades, me sentant un peu étrangère, mon téléphone sonna.  Je dois rejoindre celle qui a cousu mon costume.  Elles sont tous là, des employées que je rencontre pour la première fois puisqu’elles ne sont pas dans le même village que moi.
J’apprends que nous défilerons.  On m’enseigne le pas ainsi que le salut militaire que nous devrons faire lorsque nous serons devant les dignitaires.
Une, deux, une, deux, gauche, droite, gauche, droite, etc.
Tel un métronome, je bats la mesure au rythme prescrit par notre cheffe, notre grande cheffe.
Stratégiquement, on me place bien en vue en disant que ce serait bien que «la blanche» soit visible. J’achète tout, je dis «oui» à tout.  Je suis docile. 
Pour ceux qui en doutent, je vous dis que c’est vrai. «Docile» est le bon mot. 
La journée se poursuit. J’apprends que les femmes se sont cotisées, 2500 Fr pour les préparatifs du déjeuner (diner pour les québécois).  Je donne ma part avec joie.
Avant de continuer, toujours en mémoire, les contrastes croustillants relevés expressément pour vous lors de cette journée de la femme 2011 :
-        Les deux premières rangées de l’estrade sont occupées par des hommes et deux ou trois femmes seulement dont : la femme du préfet et la présidente de l’organisation de la journée de la femme 2011.
-        Lors du discours d’un des dignitaires, alors qu’il présentait la présidente de la fête, celui-ci mentionne : «…cette femme est un modèle de réussite, elle a étudié, elle s’est trouvé un emploi, elle a travaillé ailleurs, elle a voyagé, et elle a su se trouver un mari…»
-        À la radio : «…cette journée internationale des femmes organisée sous l’œil bienveillant des hommes…».
Assez, revenons au déroulement de ma journée.  Après avoir bien défilé, nous nous réunissons au bar extérieur d’un collègue de travail.  N’oubliez pas que je suis entourée de chrétiens et non de musulmans.  La consommation de boissons alcoolisées est permise.
Une fois sur place, cette dame qui a cousu mon costume s’éclipse et nous revient une heure plus tard avec le poulet, le pain, la sauce, les assiettes et les ustensiles. Les bras bien chargés, sourire aux lèvres et toute l’orchestration nécessaire à rendre la fête des plus agréables.
Et puis, la surprise, les collègues masculins du travail nous rejoignent.  Ils sont tous là.  Les femmes les ont invités…
On me demande de faire une brève allocution puisque je suis la nouvelle venue.  Les éléments à mentionner : l’objectif de la rencontre, les remerciements aux hommes pour leur présence et trouver un volontaire pour le bénédicité.
J’ai fait rire l’assemblée en leur mentionnant que c’était la journée de la femme, la fille, la maman, la grand-maman, la sœur, la tante, l’écolière, la lycéenne, la travaillante et je terminais avec le gène femelle…
De bonnes conventions, les invités se servent en premier…Par conséquent, les hommes se servent en premier.  Nous buvons et mangeons et…J’ai ri, mais ri comme pas possible.
On n’a pas cessé de me dire combien mon cabas me faisait bien.  L’atmosphère était bonne. 
Ce matin-là, j’ai hésité avant de me rendre à la fête.  Je ne savais ce qui m’attendait.
Maintenant, comment vous décrire le bien-être qui suit nos appréhensions inutiles face à l’inconnu. 
Chaque fois que mes craintes vagues et indéfinissables sont matées par l’énergie humaine des gens que je rencontre, je me sermonne.
Boire, manger, rire et sourire…Un amalgame qui dynamise nos vies. Partout où nous sommes, cette formule enjolive, sublimise et magnifie…Partout…Peu importe l’endroit…Une formule internationale…
En retrait, cette autre femme qui assurait la comptabilité des sommes amassées afin de nous servir la boisson (alcoolisée ou non) jusqu’à épuisement des fonds.  J’ai ajouté ma tournée.
Le lendemain, sur la route, je croisais l’une d’elle qui me disait en riant : «…et j’ai dit aux autres que pour nos futures rencontres, Alyne est invitée d’office…» Et de rire encore plus…Sans ajouter quoi que ce soit…Se remémorant notre soirée sans dire un mot…Que nos yeux qui échangeaient et nos mains qui se serraient…
À vous tous, femme, fille, maman, grand-maman, belle-sœur, tante, filleule, nièce, amie, écolière, lycéenne, travaillante et porteuse du gène femelle…
Bonne fête des femmes en retard et…Buvez, mangez, riez et souriez…

mercredi 9 mars 2011

SEMAINE NEUF


Au fur et à mesure que les semaines passeront, je vous enverrai des photos de mon domaine.
Première photo : La porte extérieur menant à ma petite maison.
À gauche de la porte, un espace pour brûler les déchets. Ça semble terrible mais vous verrez...Une fois cette porte traversée, vous êtes chez moi...dans mon humble demeure...À suivre...
Deuxième photo : Mon fils et ma belle-fille qui ont répondu à mon blogue sur les «petits coins»...Je vous partage mon plus grand fou-rire de la semaine...

Chapitre
Son témoignage était si généreux que je décidais, séance tenante, de vous le partager.
Son histoire. Un chapitre de son histoire.  Je vous parlerai de cet homme rencontré au cours d’une rencontre d’échange entre organismes luttant contre le VIH.
La réunion est organisée par VSO. Il est un bénéficiaire choisi pour venir témoigner de la contribution de VSO auprès de son organisme et des résultats auprès des bénéficiaires que lui-même dessert.
Nous avons passé l’avant-midi ensemble. Ils étaient deux, j’étais leur «facilitatrice».  Des questions de toutes sortes se voulant de faire le portrait actuel des choses, mais surtout, de ce qui fut réalisé au cours de la dernière année.
À la fin de cet avant-midi bien rempli, il resta devant moi et, d’une voix calme, réfléchie et posée, sans que je lui demande quoi que ce soit, il amorça son récit.
Pour mon blogue, je tenterai d’être fidèle à ses mots, en italique vous les reconnaitrez.
Un jour, il a eu le palu (paludisme), et ce palu l’a rendu encore plus malade que d’habitude.  Dès lors, son inquiétude s’est installée.  Il a parlé à sa femme, lui demandant si lors de ses grossesses on lui avait passé le test de séropositivité. Elle disait qu’elle ne savait trop.  Il a longuement réfléchi et a décidé d’aller voir l’homme qui travaille aux services sanitaires.  Celui-ci lui a demandé si sa demande était sérieuse considérant les coûts. 
Il était sérieux.  Il voulait comprendre son palu.  Et puis, il a su. On lui a dit.  Et sa femme a également passé le test et elle a su.  Sa tête était troublée me dit-il…Et ses enfants…Ses cinq enfants…Bien eux…Ils n’ont rien su, car il n’y avait rien…Un baume sur leurs plaies séropositives…Physiques et morales…
Et puis, sa femme a été malade. Très malade. 
C’est à ce moment que j’ai osé poser une question. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça…J’étais absorbée par son récit et impatiente d’en connaître le dénouement. Ma question propulsait l’histoire et j’ai saisi qu’il ne voulait rien laisser au hasard, que tout était important, et ce, dans les moindres détails. Il m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : «je te raconte l’histoire, il faut attendre».
Je me suis tu. Je crois n’avoir rien dit de plus sinon que quelques «hummm» ici et là.
Parait que la psychanalyse est née d’une intervention similaire, une patiente aurait dit à Freud d’écouter plutôt que d’interpréter ce qu’elle disait.
Il continua avec ses mots, son histoire, son récit.
Et puis, sa femme a été malade.  Très malade.
Elle fut alitée, à quelques reprises, mais chaque fois, c’était toujours plus long.  Et puis, la grand- maman est venue les aider, la marmaille était jeune, le besoin était grand.
Un jour, elle a dit à son mari qu’elle savait qu’elle partait.  Il a couru chercher de l’aide.  Aide inutile. Si j’ai bien compris, c’était le lundi et elle disait qu’elle partirait le samedi. Elle passa la semaine et le samedi prédit, elle quitta à 20h00.
Il prend le temps de me dire que la saison avant son départ, elle a tout fait. Les récoltes, la nourriture et qu’elle a pris soin de les laisser avec tout ce qu’il faut.
L’autre ami qui était à notre table s’est alors levé et a dit : «On a tous le même chapitre».
Le silence. 
Et son histoire se poursuit. Dans les mois qui suivirent, il a eu un accident…«Tu vois les traces ici» et il me montra son arcade sourcilière, une vilaine cicatrice. Il me montra son poignet gauche difforme : une cassure. Un chaman lui a guéri en la brisant deux fois…À froid…
Et puis, on lui a volé ses moutons et sa charrue.
Et il termine en disant : «Dieu en a voulu ainsi».
Il vit maintenant avec sa maman qui l’aide avec les enfants.  Il est actif dans son organisme.  Tellement actif que lors de la création du réseau des organismes, il a été nommé président du conseil d’administration.
Il a présenté le résultat de notre travail devant la salle.  Il était génial.  Applaudi deux fois plutôt qu’une. Il dit que c’est l’homme qu’il a vu lors de son dépistage qui lui a montré à parler et à dire ce qu’il pense.  C’est lui qui a soigné sa tête. C’est lui qui lui a montré à ne pas avoir honte.  C’est lui qui lui a montré la route.
Cet homme qui l’a aidé, c’est mon collègue de travail. Un colosse de plus de six pieds 5 pouces qui croit que ses jambes sont trop longues lorsque vient le temps de voyage en autobus.  
Bien sûr, nous retrouvons ce genre d’histoire partout dans le monde.  Je vous la partage parce qu’elle fait partie d’une des histoires que je côtoie au quotidien.  Loin de moi l’idée de vous offrir un guide touristique, je veux écrire sur leur vie, leur réalité, leurs habitudes, leurs différences, et ce, dans toutes les sphères possibles et impossibles.
Je termine avec un léger parallèle. Au Québec, sa femme serait «probablement» vivante puisque nos services de santé l’auraient prise en charge.  Elle aurait bénéficié d’une médication gratuite, d’un service personnalisé, d’un suivi rigoureux, d’hospitalisation au besoin, il n’y aurait pas eu de «rupture de marchandise» en ARV (antirétroviraux).  Elle aurait vécu sa séropositivité d’une manière différente.
Plus précisément, au cours de la dernière année, la région de l’extrême nord n’avait plus d’antirétroviraux. Ces trois mois sans médications leur ont semblé à tous interminables. Ces gens demeurent craintifs. Vous imaginez ce que ça signifie pour eux. La médication nécessaire à leur survie ne se trouve plus…L’équivalent d’un diabétique sans insuline…
Je continue, au Québec, la perte de ses moutons et de sa charrue aurait été moindre, son assurance aurait couvert une partie de sa perte.
Son poignet aurait été mieux soigné, il aurait été indemnisé par la SAAQ et n’aurait subi qu’une perte salariale partielle.
Et…Je vous entends d’ici…
Je sais…Au Québec, dans un contexte pareil, pas certain que sa maman aurait pu lui offrir autant…Elle aurait eu un emploi et n’aurait surement pu tout quitter pour le soutenir..
Leur force : leur famille, leur très grande famille.

mercredi 2 mars 2011

SEMAINE HUIT

Pleine nature, et j'ai ajouté deux photos...Prises à Yaounde...Dans un lieu non décrit...Histoire de vous donner une idée...
On s’y présente, par obligation.  Vous le constaterez lors de votre lecture.
Je vous le dis, rien de plus essentiel sinon l’endroit que je vous présenterai. 
J’ai décidé de vous faire découvrir le Cameroun dans toutes ses ramifications. Vous êtes avec moi partout et pour tout.
Vous avez deviné, j’oserai parler du «petit coin» ou cabinet d’aisance, petit endroit, W.-C, bécosse, toilette, salle de toilette, chiottes, latrines, etc.
Peu importe la nomination, le résultat est le même : nous sommes soulagés.
Pour faciliter l’écriture, J’utiliserai «petit coin» et je simplifierai en utilisant les vocables «pipi» et «caca».
Alors voici.
Premier petit coin :
Entre Ngaoundéré et Maroua, à un arrêt d’autobus, nous devons payer pour utiliser le petit coin, 50 Fr pour le pipi et 75 Fr pour le caca. Tout est simple et modeste. Un homme se tient à l’entrée, c’est à lui que nous devons acquitter nos frais de soulagement.  Une fois la porte principale traversée, il y a environ une dizaine de portes, un côté pour les hommes et un côté pour les femmes.  Derrières celles-ci, un trou d’environ 15 cm de diamètre dans lequel nous laisserons choir notre inconfort. La céramique qui entoure le trou est trempée.  Certaines personnes manquent d’adresse et pissent partout.  Je suis devenue habile, mais pour ce trou, j’ai dû travailler un peu plus fort, car je n’ai pas voulu déposer mon énorme sac par terre dans cette humidité que je redoutais. Somme toute, j’ai quand même contribué au maintien de l’humidité du sol.
J’entends d’ici votre questionnement…Comment peuvent-ils connaître ce que nous y ferons ? Je ne sais pas et je n’ai pas posé la question…J’ai imaginé que c’était sur la bonne foi du client et que de temps à autre, on faisait un contrôle comme dans les trains, autobus ou métros de notre pays…Et en cas de non-paiement pour le surplus déposé, je ne pourrais dire si on t’oblige à  reprendre le tout ou si tu dois payer une amende…
Lors d’un second voyage où je passais par le même endroit, j’ai vu une affiche, mais cette fois, avec un seul tarif : 50 fr. Je ne l’avais pas vu lors de ma première visite, j’avais simplement demandé le tarif au portier…Ce même jour, j’ai compris qu’on s’était moqué de moi…

Imaginez le type qui observe notre visage en train de réfléchir au montant que nous devons donner…Rictus moqueur et heureux de sa blague, ce jeu lui permet surement de continuer de faire son métier.
Deuxième petit coin :
Dans un restaurant de Maroua, il s’agit d’un évier d’un blanc immaculé avec ses deux robinets qui, je puis vous le dire, ne sont plus fonctionnels. Celui-ci est entouré de céramique de chaque côté et est à la même hauteur qu’une toilette normale. Un muret fait avec la même céramique cache la tuyauterie.  On se questionne, mais on conclut rapidement que c’est comme ça. Tout est propre, on y risque un pipi seulement imaginant que le caca pourrait avoir peine à passer dans le trou.
Rien à voir avec mon blogue, mais, la bouffe y est excellente et…Je ne sais pas si on se lave les mains dans les toilettes.
Troisième petit coin :
Aux frontières du Tchad, aux abords de la plage, nous prenons une bière.  Mes amis ont décidé que c’était l’endroit idéal pour m’accueillir et ils ont raison. Évidemment, bière aidante, je cherche le petit coin qui, je constate, une fois les indications servies par notre serveur, était juste là, à ma gauche. Un rideau sur le mur accroché à environ quatre pieds du sol.  Je déplace le rideau pour découvrir un orifice qui traverse le mur de ciment, pas plus haut que trois pieds et demi. Malgré la chaleur, j’ai l’impression d’entrer dans un igloo.
J’y découvre alors une pièce carrée de couleur sable d’environ huit pieds par huit pieds, un espace très grand pour un simple trou situé droit au centre sur un espace légèrement surélevé. Tout est immaculé et l’absence de toit nous donne un éclairage qui facilite le travail. Sur ce même espace surélevé, de l’eau dans un contenant de plastique. J’ai adoré pour l’espace, l’éclairage et l’intimité. J’avais l’impression d’être seule au monde.
Quatrième petit coin :
Dans un quartier de Maroua appelé «Avion me laisse», nous mangions du poisson et prenions une bière sur les tables sises aux abords de la rue.  Nous achetons la bière de ceux qui fournissent les tables et achetons le poisson chez un autre marchand qui est également installé sur le bord de la rue avec ses grilles et tout ce qu’il faut pour nous servir le meilleur poisson en ville. 
Des précisions s’imposent, on dit que le quartier se nomme «Avion me laisse» parce qu’un jour, un homme trop occupé à manger le poisson du quartier, a simplement raté son avion…D’où la réputation acquise par les femmes qui y cuisinent le poisson.  Jolie comme histoire non !
Enfin, je demande la toilette et le serveur m’amène dans une grande salle vide peu éclairée et m’indique du doigt une entrée sans porte ou rideau.  J’entre. Tout est noir. Je n’ose aller plus loin pour trouver le trou parce que j’avais réellement peur de mettre le pied dedans. Je vois que le sol est trempé, je ne suis pas la seule à ne pas avoir visité le fond du couloir, je m’installe et je pisse, le couloir est en pente, je vois que tout me coule entre les pieds pour rejoindre les abords de la salle décrite précédemment. Ça ne va pas trop loin, le sable absorbe magnifiquement.  Une seule préoccupation, j’espère juste que personne n’a eu la même idée que moi. Je fais très vite. Débit et pression sont au rendez-vous.
Une autre volontaire m’a confirmé plus tard la présence d’un trou au fond du couloir. Elle a persévéré et trouvé.  Une volontaire beaucoup plus téméraire que moi.
Les exemples se multiplient, tous aussi cocasses les uns que les autres.  J’ai vu un petit coin sans trou, mais, une magnifique rigole cimentée qui apportait le tout derrière le bâtiment du bar où nous étions. J’ai également vu des petits coins avec chaîne et réservoir d’eau, mais, ce que j’ai aimé par-dessus tout et je termine avec ce petit coin magnifique qui sera mon cinquième et dernier :
Entre Bamenda et Yaoundé, l’autobus s’arrête 15 minutes pour acheter victuailles et «se mettre à l’aise» comme les Camerounais le disent si bien. J’achète un jus et demande à la dame où je puis trouver les toilettes.  Elle me montre une porte de bois, me demande de suivre le chemin, de passer entre les maisons et de me rendre jusqu’au bout. Sans plus. 
J’écoute la dame, je traverse la porte pour longer une première maison, une cour arrière et une deuxième maison pour enfin retrouver des arbres, une forêt, l’enclos de quelques poules et, des hommes, au loin, debout, me faisant dos, les mains devant ainsi que quelques femmes accroupies derrière un arbre ou des buissons.  La formule est très simple, on choisit notre arbre ou notre arbuste selon notre format ou, notre désir de marcher plus loin dans la nature.
J’ai choisi un petit arbre tout près qui semblait plus sec que les autres m’imaginant ainsi, contribuer à sa floraison. 
Vous dire que la verdure est magnifique vous fera certes sourire mais c’est le cas.
Ce petit coin est sublime. D’entre tous, la propreté y était et, je n’ai pas eu peur de déposer mon sac par terre ni peur de trouver quelqu’un qui veuille occuper le même emplacement que moi. Mieux encore, aucune odeur désagréable et ça, c’est ce que j’ai le plus apprécié.
Finalement, le «petit coin» ou cabinet d’aisance, petit endroit, W.-C, bécosse, toilette, salle de toilette, chiottes, latrines, etc., Ça peut être très simple.
Et puisque nous sommes dans le sujet…Deux volontaires québécois m’ont raconté qu’à leur maison, il n’y avait pas de toilette avec chasse d’eau, mais un trou et qu’au cours d’une de leurs absences, un poussin y est tombé. 
Il a survécu grâce à la volontaire qui en eut pitié en lui donnant des restes de table alors que le volontaire disait contribuer affectueusement à faire monter le niveau qui lui donnerait accès à la sortie.
Les résultats, ils sont venus vider le trou et le poussin devenu grand est sorti, a été vendu au marché et mangé par on ne sait qui.
Maintenant, dois-je ou non me méfier du poulet que je mange ici ?
Pour répondre à ce sondage, contactez le 1-800-POUSSIN.